HERRADE DE LANDSBERG (1125-1195)

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Abbesse de Hohenburg, au sommet du mont Sainte-Odile, de 1167 à sa mort, Herrade de Landsberg y applique la règle des chanoinesses de saint Augustin. Fille spirituelle de Relinde, l'abbesse à laquelle elle succéda, et placée là par Frédéric Barberousse, elle a quarante-six chanoinesses et douze converses à gouverner sous la direction des Prémontrés. Située ainsi au carrefour de la réforme de l'Église et de la tradition impériale, cette moniale, par ses dessins notamment, est un magnifique témoin de son temps. Pour l'instruction de ses religieuses, elle rédigea Le Jardin des délices (Hortus deliciarum, 1159-1175), ouvrage unique en son genre de six cents pages in-folio de citations de la Bible, des Pères anciens (Irénée de Lyon, Eusèbe de Césarée, Jean Chrysostome) ; des classiques surtout (Ambroise, Augustin, Jérôme, Bède, Grégoire) et des auteurs récents (Raban Maur, Anselme, Honorius Augustodunensis, Rupert de Deutz, Pierre Lombard, Pierre le Mangeur). Ces extraits sont entrecoupés de poèmes et d'hymnes accompagnés de leur notation musicale, ainsi que de trois cent trente-six dessins, qu'on ne connaît plus, depuis la destruction du manuscrit dans l'incendie de Strasbourg en 1870, que par des copies prises au xixe siècle.

Le texte est exclusivement chrétien par ses sources, mais il fait alterner régulièrement des chapitres consacrés à l'Histoire sainte et des exposés de toutes les sciences possibles à l'époque : après la Création des anges et du monde viennent la cosmologie, l'agriculture, la topographie ; après la Création de l'homme, le traité sur le microcosme humain, l'anatomie, le médecine... ; après la tour de Babel, une description de diverses mythologies et des principaux systèmes philosophiques. L'ensemble est achevé par un calendrier perpétuel indiquant la date de Pâques jusqu'en l'an 1707. Le plan de cette encyclopédie est celui de l'Elucidarium d'Honorius. Les illustrations se rapportent au texte directement ou symboliquement, par le moyen de l'exégèse allégorique : Salomon soupire « Vanité des vanités » en contemplant un jeu de marionnettes ; le travail des paysans illustre la parabole du bon grain et de l'ivraie ; l'autonomie relative de ces dessins par rapport au sens en fait des documents précieux pour connaître la civilisation matérielle et manifeste un intérêt certain pour le réel en lui-même. Jérôme Bosch le visionnaire, pour représenter les vanités, allait reprendre le titre de l'ouvrage de Herrade.

—  Jean-Pierre BORDIER

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Jean-Pierre BORDIER, « HERRADE DE LANDSBERG (1125-1195) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/herrade-de-landsberg/