BERNSTEIN HENRY (1876-1953)

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Auteur dramatique français, fils d'un banquier israélite, Henry Bernstein connut un très vif succès dans la décennie qui précéda la Première Guerre mondiale. Découvert par Antoine, directeur du Théâtre-Libre, il débute avec une comédie : Le Marché (1905). Avec beaucoup de brutalité et une puissance d'effets qui est de toute évidence l'objet premier de sa recherche, il peint des drames sommaires où rentrent en contradiction l'amour et l'argent. Tous ses héros se débattent dans cette psychologie simple ; ils s'y avilissent et le plus souvent s'y perdent. Celui de La Rafale (1905) perd au jeu, trompe ses amis et se tue malgré l'amour de sa maîtresse qui veut le sauver. Dans La Griffe (1906), un homme politique se déjuge et se sert de son influence pour séduire une femme par l'argent. L'héroïne du Secret (1913) est une sorte de maniaque qui détruit le bonheur des siens et, finissant par avouer sa méchanceté gratuite, se détruit elle-même sans plus de recours. Tous ces drames se jouent à huis clos et des êtres frénétiques s'y meuvent sous l'effet de contrastes forcés ; un financier doit se ruiner, une maîtresse doit se vendre, un amant doit perdre au jeu, un homme politique doit être traqué par ses ennemis. Il reste au dramaturge à trouver la situation où se mettront en scène tous ces destins irrémédiables. Or, l'audience de ce théâtre de suspense fut très large, malgré le peu de surprise qu'il réservait. Faut-il croire qu'étaient ainsi vécues en drames paroxystiques les situations conflictuelles de ce début de siècle ? Cependant, aucun théâtre n'est « théâtral » à ce point ; et ces effets grossiers, comment émouvaient-ils ? Après la guerre, Bernstein tenta de renouveler sa technique en y introduisant une psychologie plus élaborée, au détriment de l'intrigue. La Galerie des Glaces (1925), Mélo (1929), La Soif (1949) jouent davantage de l'inquiétude. Mais le dosage ne fonctionne plus avec le même succès. Est-ce une nouvelle moralité des temps, ou une psychologie moins fruste ? L'habileté des procédés du théâtre ne suffit plus à assurer la réussite de pièces qui ont très rapidement vieilli.

—  Antoine COMPAGNON

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université Columbia, États-Unis

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BOULEVARD THÉÂTRE DE

  • Écrit par 
  • Daniel ZERKI
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Dans le chapitre « L'âge mûr (1850-1914) »  : […] Les théâtres des boulevards ont pris du poids, de l'assurance, ils ont créé un genre dramatique et littéraire distinct, la comédie de boulevard ; ils ont essaimé, et s'étendent à Paris tout entier. L'ancienne guerre avec les théâtres nationaux s'est éteinte, et cette paix n'est pas défavorable au Boulevard. La Comédie-Française conserve le quasi-monopole du répertoire classique, ainsi que certaine […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/theatre-de-boulevard/#i_4702

Pour citer l’article

Antoine COMPAGNON, « BERNSTEIN HENRY - (1876-1953) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-bernstein/