HAKUIN (1685-1768)

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Au cours des époques Kamakura et Muromachi, l'apport des moines zen à la culture et à l'art japonais fut considérable. À Kyōto, sous le patronage des Ashikaga, ils ont joué un rôle de premier plan. C'est alors que les Gozan (les cinq grands monastères de la capitale) répandirent la culture des Song parmi les guerriers et l'aristocratie de la cour. Ils renouvelèrent la littérature à la mode chinoise et exercèrent aussi leur influence sur les lettres japonaises. Dans l'art, la peinture monochrome devait élargir le domaine pictural. Dès la fin du xve siècle, cependant, cette période brillante commence à décliner. Leurs liens avec les classes dirigeantes (guerriers et nobles) entraînent les moines vers les raffinements d'un académisme. En outre, la peinture au lavis (suiboku-ga) s'est répandue parmi les artistes professionnels, et les monastères ne sont plus les centres de création picturale qu'ils avaient été jusqu'alors.

Les guerres civiles qui ensanglantent le pays privent les moines de leurs appuis politiques. Ils se tournent vers les grands marchands, que l'affaiblissement du pouvoir shogunal et l'anarchie qui menace Kyōto contraignent à prendre en main les destinées de la capitale. D'autres moines vont dans les provinces fonder de nouveaux établissements. C'est dans le grand port de Sakai que, parmi les marchands, Sen Rikyū élabore les règles du wabi sadō (cha-no-yu), tandis qu'à Kyōto se forme le kadō ou ikebana (arrangements de fleurs). Nobunaga et Hideyoshi, soucieux d'élégance, adoptent cette mode et font des moines zen leurs conseillers. Mais, voulant unifier le Japon, Tokugawa Ieyasu, adepte du néo-confucianisme, prend soin de maintenir les moines dans un rôle strictement religieux. D'ailleurs, la calligraphie restait pour ces derniers une sorte de discipline spirituelle. Takuan Shuhō (1573-1645), abbé du Daitokuji, participe au retour aux modes d'écriture de l'époque Heian qui se manifeste dans l'aristocratie de la cour et parmi les riches marchands. Ceux-ci, revenant aux sources de la culture japonaise classique, expriment ainsi une sorte de résistance au gouvernement d'Edo. Takuan initiera au zen l'empereur Gomizunoo (1596-1612) et à la calligraphie Konoe Nobutada (1565-1614), l'un des trois grands pinceaux de l'époque. Selon John Rosenfield, il aurait aussi exercé une certaine influence sur Hon.ami Kōetsu. Moyen d'édification des fidèles, les peintures de Takuan se distinguent par des procédés moins sophistiqués, négligeant le détail pour l'essentiel. Il en est de même de son disciple Fugai Ekun (1568-1654) qui, après une vie d'errance, termina son existence dans une grotte. Leurs successeurs, vivant dans des ermitages campagnards, parmi les propriétaires terriens et les paysans, s'adonnent souvent à une calligraphie excentrique et, dans leurs œuvres peintes sur du papier grossier, expriment un certain « primitivisme » souvent empreint d'humour. Ces œuvres données à des paroissiens ont été longtemps négligées par les historiens d'art orthodoxes et n'ont été appréciées que depuis peu de temps. Pour la distinguer des lavis des époques antérieures qui, plus qu'une doctrine religieuse, reflétaient l'idéal des lettrés des époques Song et Yuan, on donne à cette peinture néo-zéniste le nom de zenga. Calligraphe et peintre, Hakuin Eikaku est l'un des artistes les plus doués de cette manière nouvelle.

Un moine exceptionnel

Hakuin naquit dans la région de Shizuoka (Tōkaidō) et entra à quinze ans au monastère du Shōinji, à Hara (centre de Honshū), monastère dont son père Soi était un paroissien fervent. Il mena ensuite une vie d'errance, se rendant auprès de nombreux maîtres du Zen pour y approfondir ses connaissances. Atteint de tuberculose à l'âge de vingt-six ans, il surmonta sa maladie et fut, à trente-trois ans, appelé à de hautes fonctions au Myōshinji de Kyōto, l'un des grands centres de la secte Rinzai à laquelle il appartenait. Il n'y séjourna qu'une dizaine d'années et, pour répondre au vœu de son père, retourna au Shōinji où il réunit une importante communauté. Ses nombreux ouvrages pieux, son autorité en firent un nouveau patriarche de la secte qu'il devait renouveler. Un moine d'une telle valeur ne pouvait, disait-on, apparaître que tous les cinq cents ans. Il mourut en 1768, au Ryōtakuji, qu'il avait fondé dans la province d'Izu pour son disciple Tōrei Enji, et fut enterré dans son propre monastère.

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Écrit par :

  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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Pour citer l’article

Madeleine PAUL-DAVID, « HAKUIN (1685-1768) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hakuin/