KONRÁD GYÖRGY (1933-2019)

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Écrivain de la culture européenne, de la liberté et de la responsabilité de l'individu, György Konrád est un des plus importants romanciers et essayistes contemporains. Né le 2 avril 1933 à Berettyóújfalu près de Debrecen (Hongrie), dans une famille juive, il a connu l'oppression du régime de l'amiral Miklós Horthy, l'occupation de son pays par les troupes allemandes, la déportation et l'extermination d'une grande partie de sa famille et de ses amis, puis, après les traités de Yalta, la division politique de l'Europe et la soumission de son pays natal au régime soviétique. Toute son œuvre portera la trace du « sombre temps » que fut le xxe siècle. Konrád termine ses études de sociologie en 1956, en pleine révolution hongroise, dans laquelle il s'engage activement. Il devient alors simple aide-infirmier dans les services sociaux de Budapest, au contact des populations les plus défavorisées de son pays.

En 1969, le premier roman de Konrád, Le Visiteur (trad. franç. 1974), obtient un vif succès. Konrád y évoque la vie tragique d'un intellectuel hongrois, artisan et victime exemplaire de la réalité historique et politique de son pays. Dans La Marche au pouvoir des intellectuels (livre publié en 1978, d'abord en Allemagne puis en Hongrie en 1989, et traduit en français en 1979), György Konrád et le sociologue Ivan Szélényi pointent l'évolution du marxisme au profit de l'intelligentsia, et le pouvoir grandissant de celle-ci sur le prolétariat. Konrád est alors brièvement emprisonné, puis libéré, suite aux protestations internationales. Mais il se voit interdit de publication. Convaincu que seul le socialisme pourrait empêcher l'avènement d'un deuxième Auschwitz, mais poussé par la réalité, il rejoint le camp de l'opposition démocratique et contribue, dans les années 1980, avec Vaclav Havel, Milan Kundera, Adam Michnik et Pavel Kohout, au bouleversement de la scène politique en Europe centrale. Dans son recueil d'essais L'Antipolitique. Méditations centre-européennes (1982), l'écrivain évoque les possibilités qu'a l'individu d'acquérir suffisamment d'autonomie pour conquérir sa dignité et lutter contre le déterminisme des mécanismes politiques. Un peu à la manière de Montaigne, il ne prétend pas à la vérité, mais tente de faire partager une vision. Marginalisé comme dissident, et cherchant à comprendre le demi-siècle passé, Konrád fonde son espoir sur la tolérance et la raison, seules capables de rendre sa dignité à cette partie de l'Europe. Il évoque l'assimilation, le sionisme, l'antisémitisme et la religion, sans fanatisme ni colère, et pose la question : que veut dire être juif en Europe après la Shoah ? Ces réflexions autobiographiques sur la politique et la littérature, sur les grandes villes dans lesquelles il a vécu (Budapest, Berlin, New York), sur les rêves et les utopies, affirment l'autonomie de l'auteur : pour lui l'écriture signifie l'exercice de la liberté, ainsi qu'une forme d'intervention sociale.

Dans le roman Les Fondateurs (paru en 1976 en Allemagne, en 1989 en Hongrie et en 1979 en France), un long monologue intérieur déroule les visions de l'horreur : une inondation, un tremblement de terre, des scènes de guerre, la persécution des juifs, la torture. Influencé par Kafka, Joyce et le Nouveau Roman, ce texte explore l'expérience individuelle lorsqu'elle se fait en même temps collective. Dans Le Complice (1980), Konrád s'attache à nouveau à évoquer la guerre, la terreur, l'existence humaine prise entre la maladie et la folie, non seulement au front, en prison ou dans des chambres de torture, mais aussi dans les manoirs, les bistros de village, les appartements de Budapest, les asiles et les bordels. Partout où surgit le pouvoir réactif et brutal des émotions, la voix de Konrád s'élève pour dénoncer, appeler à la raison et à l'intelligence.

Le Rendez-vous des spectres (paru en 1986 en traduction allemande, en 1987 en hongrois, et en 1990 en français) est emblématique de la prose hongroise contemporaine. Dans un style qui mêle roman, essai, récit, documentaire, conte et autobiographie, le protagoniste, le poète David Kobra, invite à une fête non seulement les vivants mais aussi les personnages du passé, des spectres : parents, oncles et tantes, cousins et cousines défunts. Présent et passé forment ici une continuité organique, au fil de souvenirs dévoilant la vie de toute une génération qui se confond avec l'histoire européenne. Partant de l'univers indemne du grand-père [...]

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Fridrun RINNER, « KONRÁD GYÖRGY - (1933-2019) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gyorgy-konrad/