GUYON DE CHESNOY JEANNE MARIE BOUVIER DE LA MOTTE dite MADAME (1648-1717)

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Écrivain spirituel qui joua un rôle important dans la querelle du quiétisme francais. Née à Montargis en 1648, Jeanne Marie Bouvier de La Motte épousa à seize ans Jacques Guyon, héritier d'une grosse fortune et de vingt-deux ans son aîné. Sa vie domestique est peu connue : les Guyon eurent cinq enfants, dont deux vécurent. La disgrâce de la famille Fouquet conduisit chez eux, à Montargis, la mère et la fille de l'ancien surintendant ; cette rencontre avec la fille de Fouquet, duchesse de Béthune-Charost, fut décisive : l'influence de cette âme d'une piété profonde, fortement portée vers le mysticisme, fit évoluer la vie intérieure de la jeune Jeanne Guyon. Dirigée par Jacques Bertot (lui-même lié à Bernières de Louvigny et au groupe de l'Ermitage de Caen), elle connaît de profonds états d'oraison. La mort de son mari (1676) ouvre pour elle le temps des grandes aventures : voyages à Annecy (sur le souvenir de François de Sales et, surtout, de son modèle, Jeanne de Chantal), Thonon, Turin, Grenoble ; Jeanne Guyon se met à écrire l'essentiel de sa doctrine spirituelle, dans les Torrents et dans son Commentaire du Cantique des cantiques (publié en 1687). La publication du Moyen court et très facile pour l'oraison (1684) inaugure pour elle le temps des persécutions : elle continue à voyager, à Marseille, à Verceil en Italie ; elle rentre en 1686 à Paris, où son confident et ami, le barnabite La Combe, est arrêté et emprisonné ; elle-même est internée en 1688 chez les visitandines de la rue Saint-Antoine. Libérée, elle se réfugie dans la communauté de Madame de Miramion, où elle fait, en octobre 1688, la connaissance de Fénelon. D'abord hésitant, celui-ci va bientôt se décider à la défendre : il prend désormais le premier plan dans la querelle française du quiétisme, déclenchée à partir de la méfiance de Madame de Maintenon devant l'influence prise par Jeanne Guyon et Fénelon dans la Maison de Saint-Cyr. Après la condamnation du Moyen court par l'archevêque de Paris, Harlay (1694), Jeanne Guyon accepte de se rendre à Meaux, où Bossuet la fait détenir chez les visitandines, de janvier à juillet 1695. Elle y accepte de signer les articles d'Issy, mais refuse toujours, malgré les pressions insistantes dont elle est l'objet, de se reconnaître hérétique. Enfermée par la suite à Vincennes, puis dans un couvent, elle ne cesse de protester de l'innocence de ses mœurs et de l'orthodoxie de sa foi : on l'enferme à la Bastille (1698-1703), mais son état de santé lui permet, en 1703, d'en sortir pour être exilée à Blois. Ses dernières années sont marquées par son action sur les milieux protestants de tendance piétiste : Pierre Poiret (1646-1719) s'occupa de 1711 à sa mort de publier, en 39 volumes, ses Œuvres complètes (dont son grand commentaire de l'Écriture) ; le chevalier Ramsay (1686-1743), Écossais converti au catholicisme par Fénelon, servit de secrétaire à Jeanne Guyon dans les dernières années, avant de devenir le biographe attentif de Fénelon. Endeuillée par la mort de ses amis, Jeanne Guyon tombe malade au début de 1717 et meurt de manière édifiante le 9 juin.

La spiritualité de Jeanne Guyon a beaucoup apporté à Fénelon, surtout par sa connaissance des auteurs spirituels, que Fénelon n'avait jamais beaucoup fréquentés. L'originalité de l'enseignement de Jeanne Guyon réside dans le primat de l'expérience mystique sur toute connaissance, et dans une dévotion spéciale à Jésus-Enfant. Cette expérience se poursuit dans une foi d'épreuve, nue, sans consolation, d'amour désintéressé (ce thème étant plus accentué chez Fénelon que chez Mme Guyon) et, davantage, dans la « théologie du cœur », sage simplicité, bienheureuse innocence : le chemin de l'enfance passe par l'anéantissement. Exagérations verbales et enfantillages n'empêchent pas cette spiritualité, grandie par les persécutions, d'être une intéressante synthèse des grands courants mystiques du xviie siècle.

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QUIÉTISME

  • Écrit par 
  • Jacques LE BRUN
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Dans le chapitre « Mme Guyon et Fénelon »  : […] L'expérience de M me Guyon (1648-1717) est profondément marquée par la tradition mystique : par l'intermédiaire des milieux de Verceil et de Turin, et en vertu de l'influence qu'exerça sur elle la lecture assidue des mystiques, son œuvre se situe dans la ligne de multiples courants ; le Moyen court et très facile de faire l'oraison (1685) et ses abondants écrits rédigés dans la spontanéité de l'i […] Lire la suite

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Jean-Robert ARMOGATHE, « GUYON DE CHESNOY JEANNE MARIE BOUVIER DE LA MOTTE dite MADAME (1648-1717) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guyon-de-chesnoy-jeanne-marie-bouvier-de-la-motte-dite-madame/