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ITURBIDE GRACIELA (1942- )

Le rituel, « c’est ce qui sauve l’homme, l’humanité. C’est la seule façon d’oublier le quotidien », explique Graciela Iturbide dans un entretien avec Fabienne Bradu, réalisé pour l’exposition Heliotropo 37, organisée par A. Fabry et M. Perennès (Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2022).

Pour Graciela Iturbide, née le 16 mai 1942 dans une famille de treize enfants de la classe moyenne de Mexico, la photographie est très tôt associée au rituel et au secret. Petite, elle aime regarder en cachette et parfois voler les images que son père, photographe amateur, range dans un tiroir. À onze ans, elle reçoit son premier appareil. En 1969, étudiante en cinéma à l’Universidad Nacional Autónoma de México, la jeune femme suit les cours du photographe Manuel Alvarez Bravo (1902-2002), et c’est la révélation. Assistante du maître de la photographie mexicaine durant un an et demi, elle tire profit de son expérience, découvre la musique, la peinture, les muralistes mexicains, les photographes… Plus qu’à une technique, Alvarez Bravo l’initie à une pratique instinctive de la photographie reposant sur l’intuition et l’émotion.

L’exploration des marges

<em>Carnaval, Tlaxcala, Mexico</em>, G. Iturbide

Carnaval, Tlaxcala, Mexico, G. Iturbide

Fascinée par l’univers préhispanique et la place de l’art populaire dans l’œuvre de son mentor,elle se rend avec lui dans les villages, fréquente les fêtes traditionnelles et découvre des communautés indigènes marginalisées par la société mexicaine. Sensible à leur tragique situation, elle comprend que l’appareil-photo est un bon moyen d’explorer son pays et le monde.

Avec l’architecte Manuel Rocha Díaz qu’elle épouse en 1962, elle a une fille et deux fils. À partir de 1970, à la suite du décès de sa fille Claudia à l’âge de six ans, Graciela Iturbide se sépare de son mari et se consacre à son travail artistique. Pendant cinq ans, la mort s’invitant dans son œuvre, elle ressent la nécessité obsessionnelle de photographier les angelitos, ces enfants décédés prématurément que les Mexicains ont coutume d’habiller en anges. Les symboles macabres s’introduisent dans nombre de ses images, comme en 1988 à Chalma, où elle suit les rituels liés à la mort célébrés avec extravagance par des Mexicains travestis en squelettes.

En 1978, répondant à une commande des archives ethnographiques de l’Institut national indigéniste (INI) de Mexico, Graciela Iturbide part vivre un mois avec le peuple seri dans le désert de Sonora. Ses portraits saisissants d’hommes et de femmes tenant fièrement tête à l’objectif malgré le dénuement que trahissent leurs vêtements hybrides et éculés témoignent d’une vie en tension entre coutumes ancestrales et intrusion du capitalisme, entre résistance et résignation (Los que viven en la arena, 1981).

En 1979, l’artiste Francisco Toledo l’invite à photographier les habitants de Juchitán, haut lieu, dans la région d’Oaxaca, de la résistance zapotèque. Durant dix ans, elle partage régulièrement la vie de cette communauté aux coutumes atypiques. Les femmes y bénéficient d’une grande liberté sexuelle et sont seules autorisées à travailler au marché, interdit aux hommes, à l’exception des homosexuels et des transsexuels, parfaitement intégrés dans la communauté. Patience, respect, intimité, complicité participative permettent à Graciela Iturbide de capter « la partie la plus mythique de l’homme », réalisant ainsi de véritables icônes : la femme à la tête couronnée d’iguanes (Nuestra Señora de las Iguanas, 1979), ou le touchant portrait d’un travesti (Magnolia, 1986),publiés dans Juchitán de las mujeres (1989). « Ce qui est important, confie-t-elle, c’est le croisement entre l’intuition et la discipline, car il faut être attentif et en même temps invisible. […] Le travail du photographe est de synthétiser, de faire une œuvre forte et poétique à partir du quotidien »(Heliotropo[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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<em>Carnaval, Tlaxcala, Mexico</em>, G. Iturbide

Carnaval, Tlaxcala, Mexico, G. Iturbide

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