EYADÉMA GNASSINGBÉ (1935-2005)

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Le général Gnassingbé Eyadéma a exercé sur le Togo une dictature implacable pendant trente-huit ans. Les failles sont nombreuses dans son curriculum vitae.

Sa date de naissance officielle, fixée au 26 décembre 1935, relève d'une imagination fertile. Il serait plus exact de dire qu'Étienne Eyadéma est né vers 1930. Il se fait appeler par ses deux prénoms jusqu'en 1974, année où il devient Gnassingbé Eyadéma, remplaçant son prénom chrétien par son patronyme, dans la lignée de la « politique d'authenticité » reprise du Zaïre de Mobutu. Mais il est certain qu'il a vu le jour dans une modeste famille paysanne de Pya, un petit village kabyè, situé dans le nord du pays. Il a embrassé la foi protestante qu'il amalgame avec des croyances locales dans une pratique religieuse déroutante.

On sait peu de choses sur sa famille, son enfance et son éducation, consciencieusement entourées d'un halo de mystère. Une bande dessinée à sa gloire parue en 1976 évoque pour la première et unique fois le souvenir de son père, tué pour s'être rebellé contre les travaux forcés imposés par l'administration coloniale. Dans les années 1980, les Togolais ont découvert que sa mère, Maman N'Danida ou Maman N'Danidaha, serait née en 1878, d'après l'historiographie officielle, révélation qui faisait du dirigeant un enfant tardif.

Il est présenté comme « une force de la nature », mais son instruction, probablement arrêtée en cours élémentaire, est passée sous silence. On sait en revanche qu'il fut polygame et qu'il a laissé une nombreuse progéniture. Celle-ci forme, avec les collatéraux, le clan Gnassingbé, qui se montre très agressif dans la pratique du népotisme et la gestion patrimoniale de l'économie du pays.

En 1953, il s'engage dans la Coloniale au Dahomey voisin (l'actuel Bénin) et sert durant une dizaine d'années en Indochine, en Algérie et au Niger avant de rentrer au Togo en 1962, avec le grade de sergent-chef. Avec des compagnons démobilisés, il participe, le 13 janvier 1963, à l'assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du Togo, indépendant depuis avril 1960.

C'est la véritable date de naissance du général Eyadéma. Par ce meurtre, il sort de l'anonymat et entame une fulgurante ascension politique et sociale. Le sergent-chef intègre les rangs de l'armée avec le grade de lieutenant. Un an plus tard, il est promu chef d'état-major, avec le grade de colonel, par le président Nicolas Grunitzky qui a succédé à Sylvanus Olympio. Il prend définitivement les rênes du pouvoir le 13 janvier 1967, cumulant, à partir du 14 avril, les fonctions de président de la République, de chef du gouvernement et de ministre de la Défense après avoir dissous toutes les institutions politiques et les organisations de la société civile. En décembre de la même année, il est promu général de brigade et franchit, en l'espace de trois ans, tous les échelons du généralat. En novembre 1969, il instaure le monopartisme par la création du Rassemblement du peuple togolais qui s'appuie sur une armée pléthorique largement dominée par son groupe ethnique. C'est dans ce cadre qu'il se fait plébisciter en 1972, 1979 et 1986.

C'est à partir de l'accident d'avion de Sarakawa (village non loin de Pya), le 24 janvier 1974, dont le général Eyadéma sortit indemne, que le régime s'est radicalisé, mêlant violence brutale, sacralisation du détenteur du pouvoir, obsession sécuritaire, corruption endémique et arbitraire, soutenu par une Constitution taillée sur mesure adoptée en décembre 1979.

Récupérant le titre de « doyen des chefs d'États africains » après la mort de l'Ivoirien Houphouët-Boigny en 1993, et cultivant à l'excès le soutien de la France, il a su rebondir chaque fois que son pouvoir a été menacé par des tentatives de coups d'État réels ou imaginaires (une dizaine) et par les soubresauts d'une démocratisation chaotique entamée avec la conférence nationale de juillet 1991. Mais celui qui aimait jouer les médiateurs dans des conflits africains n'a pas su se réconcilier avec ses concitoyens perçus comme « ennemis intérieurs » qu'il n'hésitait pas à mater, comme lors des présidentielles truquées de 1993, 1998 et 2003, dont il savait que le mode de scrutin le condamnait par avance. Celui qui était persuadé de détenir son pouvoir de Dieu est mort le 5 février 2005, laissant son fauteuil à l'un de ses fils, Faure Gnassingbé.

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Comi M. TOULABOR, « EYADÉMA GNASSINGBÉ - (1935-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gnassingbe-eyadema/