PASTRONE GIOVANNI (1882-1959)

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Giovanni Pastrone est né à Montechiaro d'Asti en 1882. Il découvre le cinéma à l'âge de vingt-cinq ans en entrant comme comptable à la société Carlo Rossi & Cie qui vient d'être fondée à Turin en 1907. Une trentaine de films sont produits et distribués en Italie et à l'étranger. Des difficultés financières conduisent à la liquidation de l'entreprise et à son rachat par l'ingénieur Carlo Sciamengo et par Pastrone lui-même : les deux hommes changent l'appellation de la société qui devient en mars 1908 l'Itala Film. La nouvelle firme s'impose très vite aux côtés de l'Ambrosio et de la Cines comme le troisième pilier de l'industrie italienne. Pastrone devient le principal responsable de la société : il coordonne et supervise le choix des sujets et l'écriture des scénarios, il contrôle l'engagement des comédiens, faisant par exemple venir à Turin André Deed pour y interpréter la série des Cretinetti. Il suit souvent les tournages, passant lui-même quelquefois à la mise en scène. Il dirige ainsi trois films en 1909, Il conte Ugolino, Enrico III, Giulio Cesare où il commence à rompre le cadre fixe de l'image frontale par des panoramiques latéraux. Après Agnese Visconti en 1910 et La Chute de Troie en 1911, il signe en 1913-1914 l'œuvre la plus célèbre de l'Itala, Cabiria.

Cabiria a donné lieu à un gros travail de documentation : Pastrone visite à Paris en 1912 l'exposition sur la civilisation carthaginoise. La construction des décors se fait en tenant compte des ressources de l'histoire de l'art. En juin 1913, D'Annunzio accepte, moyennant une solide rétribution, d'assumer la paternité artistique du film. Le tournage occupe une bonne partie de l'année 1913. Il mobilise plusieurs équipes et met en jeu une foule de figurants, sans compter les chevaux et les éléphants. En mars 1914, le film est terminé. Il a coûté un million de lires alors que le devis moyen d'une production est de 50 000 lires. Parmi les nombreuses innovations techniques, on note l'apparition du travelling : à de multiples reprises la caméra avance ou recule dans le champ pour modifier le point de vue et pour mieux faire sentir l'ampleur des décors construits en dur et non selon la technique des toiles peintes. Cabiria marque le triomphe des grandes superproductions en costumes. Le film mélange des éléments proprement historiques – les guerres puniques, mettant en présence Scipion l'Africain et Hannibal – avec des éléments de pure imagination, notamment le personnage de Maciste. Interprété par Bartolomeo Pagano, un ancien docker du port de Gênes engagé pour sa force physique, Maciste incarne le « bon géant » redresseur de torts, sorte de compromis entre Samson et Hercule.

Cabiria, de Giovanni Pastrone, 1914, affiche

Photographie : Cabiria, de Giovanni Pastrone, 1914, affiche

Affiche de «Cabiria», de Giovanni Pastrone, d'après un scénario de Gabriele D'Annunzio (1914). 

Crédits : Electa/ AKG

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En homme avisé, à l'écoute des goûts des spectateurs, Pastrone oriente l'Itala vers les films de divas. Il tourne lui-même Le Feu en 1915 et Tigresse royale en 1916, deux œuvres parmi les plus typiques du cinéma magnifiant la figure de la femme fatale dans le cadre de drames passionnels aux résonances dannunziennes. Pina Menichelli, au jeu hiératique antinaturaliste par opposition à la gestuelle frénétique de son partenaire Febo Mari, resplendit dans des toilettes insolites, notamment dans Le Feu, où elle apparaît en femme hibou dont le chapeau aux ailes déployées masque la chevelure, ou en femme serpent, le corps étroitement moulé dans un voile impudique lorsqu'elle pose pour un peintre.

Après la guerre, Pastrone tourne encore deux films, Le Patron des ferrières (coréalisé avec Eugenio Perego) en 1919 et Hedda Gabler en 1920, avant que l'Itala, qui a rejoint l'Union cinématographique italienne, ne soit entraînée par l'organisme fédérateur des producteurs transalpins dans la crise financière qui marque la fin de l'âge d'or du cinéma muet italien.

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  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean A. GILI, « PASTRONE GIOVANNI - (1882-1959) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giovanni-pastrone/