LEGRAND GÉRARD (1927-1999)

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Né en 1927 à Paris, mort le 3 décembre 1999, Gérard Legrand fut, de 1948 à la mort d'André Breton en 1966, l'un des acteurs du mouvement surréaliste, et non des moindres. Poète, essayiste et travailleur tenace, fidèle jusqu'au bout à Breton, auquel il ressemblait comme un fils, il lui a consacré, dix ans après sa mort, un essai important : André Breton en son temps (1976, Le Soleil noir). Mais il fut d'abord l'un de ses plus proches collaborateurs, notamment pour les grandes recherches nécessaires à l'établissement du texte sur L'Art magique (1957), dont Breton avait accepté la commande de la part du Club français du livre, mais qu'il n'a pu mener seul jusqu'à son terme : par haine de la « commande », sans doute.

Gérard Legrand est également l'auteur d'une belle anthologie de quelques-uns des textes majeurs de Breton : Poésie et autre (1960). Cette fidélité absolue à un même homme, cette constance dans la ligne choisie dès 1'âge de vingt et un ans, qu'il a poursuivie en dirigeant le bulletin surréaliste Bief à la fin des années 1950, n'étaient pas seulement une manière, modeste, de s'effacer devant un grand maître, moins encore une soumission aveugle à son autorité, mais une recherche de rigueur et de cohérence personnelles, un style de vie, pour tout dire une éthique.

Ses recueils de poèmes portent tous la marque spécifique de 1'écriture automatique, mais son flux d'images baroques cascadantes n'empêche pas une certaine pensée réflexive de s'y faufiler. Les essais philosophiques de Gérard Legrand – Préface au système de l'éternité (1971) et De l'éternité : un florilège (1999) – ont contribué à cet alliage, assez rare, de l'automatisme et du discours conceptuel. Dans Marche de lierre (1969), on trouve même des définitions de son destin comme celles-ci : « Je n'eus jamais à choisir les choses m'ont choisi » et « Les graines de ma mort vibrent à travers le Monde », où le poète fait le pari, un peu pascalien, du sens caché de toute existence, donc de la sienne. « Il restera de Rien, dit-il dans un poème intitulé „Hosannah“, cette gloire et rien d'autre », la gloire d'un individu mal connu, qui a fait de sa discrétion et de sa fidélité une sorte, contemporaine, de sagesse stoïque.

Tout s'est passé malgré tout comme si Gérard Legrand s'était délibérément identifié au rôle de « gardien du temple » d'André Breton, et cela plus que jusqu'au bout, puisque, après la disparition du surréalisme en tant que groupe constitué, il fut un des directeurs de la revue Coupure (1969-1972), où le désir d'un nouveau radicalisme, post-surréaliste, est manifeste, et il participa, avec Edouard Jaguer et Jean Schuster à l'association Actual, qui a tenté de recharger de sens et de diffuser avec précision la vive et très mouvante mémoire du surréalisme.

Parallèlement à la poésie et à la philosophie, Gérard Legrand s'est intéressé au cinéma, auquel il a consacré un ouvrage décisif, Cinémanie, puis des articles dans la revue Positif où il avait rejoint ses amis Ado Kyrou et Robert Benayoun. Il collaborera à la revue, dont il sera l'un des animateurs, pendant près de quarante ans.

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Alain JOUFFROY, « LEGRAND GÉRARD - (1927-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gerard-legrand/