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CUISENAIRE GEORGES (1891-1976)

Instituteur belge, Georges Cuisenaire, comme Adolphe Ferrière et Célestin Freinet, n'était pas véritablement un théoricien : c'était un praticien de génie qui a su, à partir d'intuitions simples, créer un matériel mathématique d'une grande puissance, comme l'ont montré les usages multiples et raffinés que ses disciples et des théoriciens mathématiciens ont développés ultérieurement.

Né à Quaregnon (Hainaut), admis en 1907 à l'École normale de l'État à Mons, Émile Georges Cuisenaire obtint en 1911 son diplôme d'instituteur. Durant ces années de formation à la pédagogie, il marqua, en suivant les cours du Conservatoire de Mons, un goût particulier pour la musique, qui allait le conduire à publier en 1926 son Solfège pour écoles primaires. Nommé instituteur à Thuin en 1912, il ne devait jamais quitter, sauf pour la guerre de 1914-1918, l'enseignement communal de cette ville, à la tête duquel il accéda en 1934. Avant de se consacrer à ses expériences sur l'apprentissage des mathématiques, il s'intéresse à la pédagogie de l'observation du milieu et publie : Leçons-promenades (1935), Cahiers climatiques (1937) ; Étude du milieu (1938), Syllabes des problèmes climatiques (1938). Les longues recherches qui l'occupent dans les années suivantes lui permettent de rendre publique en 1951 sa méthode des « nombres en couleurs », qui, aussitôt reconnue, lui vaut de nombreuses invitations de la part des pédagogues et des psychologues étrangers, notamment anglais, suisses et canadiens.

L'idée fondamentale de la méthode Cuisenaire (G. Cuisenaire et C. Gattegno, Initiation aux nombres en couleurs, 51e édition entièrement revue et augmentée, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel-Paris, 1971) était de permettre à l'enfant l'entrée dans le monde abstrait des nombres par la conjonction de deux concrétisations complémentaires : celle de la longueur calibrée de bâtonnets et celle de la couleur attribuée par convention à des propriétés communes des nombres représentés par ces longueurs. Le matériel ainsi préparé se présente comme un ensemble de bâtonnets (ou « réglettes ») de longueur (de 1 à 10 cm) et de couleur différentes (quatre familles de teintes fondamentales).

Cette double structuration a priori du matériel en permet un usage multiple par le jeu des relations ainsi introduites intuitivement. Le jeune élève est conduit à grouper les réglettes par longueurs ou par couleurs avant de connaître les propriétés numériques des réglettes qui en sont les supports. Les opérations arithmétiques sont introduites par la manipulation et la constatation faite visuellement des relations existant entre les réglettes.

Gattegno, qui fut le théoricien de Cuisenaire, a mis en relief ce qui lui paraissait l'essentiel de cette méthode : l'occasion d'une constatation et d'une production active des relations, fondements épistémologiques du nombre.

La méthode Cuisenaire, révélée au grand public après la Seconde Guerre mondiale, eut un succès non négligeable en France et surtout en Suisse, en Belgique et au Canada.

Un bulletin de liaison rassemblait ses praticiens en un véritable mouvement. L'apparition des « mathématiques modernes » et du matériel Diènes fit passer au second plan cette innovation. Les critiques faites à Cuisenaire portèrent sur l'accent mis par ce matériel sur les grandeurs intensives et en particulier sur la mesure comme support des relations. Et il est certain que Cuisenaire se situe dans la droite ligne des méthodes actives cherchant à introduire le nombre par le système métrique. Mais il n'est certes pas évident que l'enseignement de l'arithmétique ne puisse, aujourd'hui encore, bénéficier valablement de cette approche, conjointement avec d'autres méthodes s'appuyant sur des éléments discrets. Ainsi se font les progrès en pédagogie. Georges Cuisenaire[...]

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Écrit par

  • : directeur de recherche à l'Institut national de recherche et de documentation pédagogiques

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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