ROMNEY GEORGE (1734-1802)

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Un peu plus jeune que Reynolds et que Gainsborough, auprès desquels il apparaît généralement comme un peintre anglais « mineur », George Romney est surtout connu pour son œuvre de portraitiste. Sa production dans ce domaine est abondante et ne présente pas de grandes innovations par rapport aux formules de ses illustres contemporains et à celles d'autres peintres de l'aristocratie anglaise comme Angelika Kaufmann et Pompeo Batoni. Les historiens de l'art anglais, à la suite d'Ellis Waterhouse, le qualifient, avec quelque dédain, de « portraitiste mondain » (fashionable) et lui reprochent d'avoir été moins sensible au caractère de ses modèles qu'à leur position sociale, manifestée par leurs costumes, leurs attitudes et leurs expressions. Il serait plus juste de considérer que Romney, avant Lawrence qu'il annonce par bien des traits, a exprimé avec ce qu'il fallait de distance le formalisme d'une société en représentation, dans laquelle le masque et l'habit finissent souvent par remplacer l'homme (Sir Christopher et lady Sykes, 1786, coll. part.). Ce regard jeté sur la haute société de la seconde moitié du xviiie siècle n'est d'ailleurs pas sans analogie avec les sentiments que l'auteur de La Nouvelle Héloïse prête à Saint-Preux découvrant Paris et le « monde ». De telles dispositions font de Romney l'un des inventeurs du type du dandy, dont son portrait de William Beckford, l'auteur de Vathek, est un admirable archétype (coll. Bearsted, Upston House). Au reste, il est capable d'émotion et de sympathie, quand la personnalité du modèle s'y prête, comme dans La Famille Beaumont, bel exemple de conversation piece (National Gallery, Londres), alliant la dignité à la qualité familière, le portrait du comte Grey (1784, Eton College), la fraîche « maternité » de Mrs. Carwardine et son fils (1775, coll. part.), et surtout le chef-d'œuvre qu'est le portrait de Warren Hastings (1795, ancien India Office, Londres), le « héros de la grande aventure coloniale à qui la justice métropolitaine demande mesquinement des comptes », et qui est « une haute, étroite figure de tragédie » (J. J. Mayoux).

De juillet 1773 à juillet1775, Romney voyagea en Italie où il exécuta de nombreuses copies, notamment d'après Raphaël, et entretint d'étroites relations avec des milieux anglais favorables au « néo-classicisme », comme celui de William Hayley. Il manifesta un vif intérêt pour l'antique et chercha à en assimiler certains aspects. Ces curiosités et ces affinités l'apparentent à Flaxman, qui l'admirait et avec qui il fut en correspondance, mais aussi à des artistes tels que Füssli et Mortimer. Beaucoup de ses portraits, par l'importance qu'ils donnent aux courbes, aux contours, à la fluidité des formes, accusent l'influence du « style linéaire » contemporain, renouvelé de l'antique (Les Frères de l'artiste, 1760). Surtout, Romney donne cours à sa vision de l'antique idéale — mais non pas orthodoxe — dans ses étonnants portraits d'Emma Hart (1765-1815), future lady Hamilton et maîtresse de Nelson. Véritable figure de fantaisie, la « divine Emma » lui inspire, à partir de 1782, des dizaines de portraits où elle est déguisée en personnage du répertoire dramatique et mythologique.

Emma, Lady Hamilton en Miranda, G. Romney

Photographie : Emma, Lady Hamilton en Miranda, G. Romney

George ROMNEY, Emma, Lady Hamilton en Miranda, huile sur toile. Collection particulière. 

Crédits : Philip Mould, Historical Portraits Ltd, Bridgeman Images

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Curieux destin que celui de ce peintre que les contemporains décrivent comme nerveux et farouche, qui considérait la peinture de portraits comme une corvée, dont « le cœur et l'âme », nous dit Flaxman, « étaient voués à la grande peinture d'histoire », et qui n'eut guère l'occasion de peindre que des portraits de gens du monde ! À part quelques peintures, d'ailleurs décevantes, pour la Shakespeare Gallery de l'éditeur John Boydell, sa passion pour la peinture d'histoire ne trouva à s'exprimer que dans des dessins, restés longtemps inconnus et qui lui valent aujourd'hui un renouveau d'intérêt (beaucoup d'entre eux sont à Cambridge, au Fitzwilliam Museum ; le musée du Louvre en possède également un bel exemple). Romney y montre un goût passionné, probablement pathologique, pour le « sublime » dans ses aspects les plus horribles. De violents contrastes de noir et de blanc, une écriture épaisse et énergique, qu'on peut qualifier déjà de romantique, trahissent la véhémence d'un esprit ardent, que le reste de son œuvre n'exprimait point.

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Pierre GEORGEL, « ROMNEY GEORGE - (1734-1802) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-romney/