PAJAK FRÉDÉRIC (1955- )

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En 1999, les Presses universitaires de France publient un livre intitulé L'Immense Solitude avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin. Le titre, intrigant, annonce un sujet qui ne l'est pas moins. Il s'agit d'une réflexion très personnelle, ponctuée de références autobiographiques, qui prend pour cadre la ville de Turin, pour évoquer la folie qui frappa Nietzsche et le suicide de Cesare Pavese. Formellement, le livre se révèle tout aussi étrange : le texte est accompagné de dessins qui, sans être en total décalage avec le sujet, n'illustrent pas directement le récit mais semblent au contraire suivre leur propre fil. Sorte d'« ovni littéraire », L'Immense Solitude est la première publication en France de Frédéric Pajak, un artiste-écrivain dont le mélange des genres deviendra bientôt l'une des marques de fabrique.

À quarante-quatre ans, cet auteur est alors quasi inconnu du public. À part quelques autoéditions et parutions chez des éditeurs suisses indépendants, il a peu été publié. Il est plus connu dans les milieux de la bande dessinée et de l'illustration de presse suisses et françaises, où il a fréquemment mis ses talents de dessinateur au service de revues (Elle, L'Idiot international, Hara-Kiri...). Il a aussi créé, dans sa jeunesse, de nombreux et éphémères magazines, dont Barbarie, mensuel suisse de bande dessinée (1973-1974), avant de devenir rédacteur en chef du magazine L'Imbécile de Paris (1992-2006), puis directeur des Cahiers dessinés à partir de 2002. À la fois titre d'une revue et d'une collection, Les Cahiers dessinés sont remarqués pour leur qualité et pour la part belle qu'ils font au médium de prédilection de Pajak : le dessin.

Pour le reste, et notamment pour ce qui touche sa vie personnelle, Frédéric Pajak est plus imprécis. L'artiste se partage entre Lausanne et Paris, mais ses multiples activités, tout comme ses nombreux voyages, le rendent difficile à suivre. On sait malgré tout qu'il est né en 1955 à Suresnes, de parents alsaciens, et qu'il a hérité du nom polonais d'un grand-père immigré. Celui-ci était peintre, tout comme le père de Pajak, Jacques, dont la mort brutale, quand Frédéric a dix ans, le marque profondément. À l'âge de quatorze ans, Frédéric Pajak arrête l'école. S'ensuit une période faite de petits métiers, de voyages et d'expériences variées. Du moins est-ce ce que l'on peut lire dans ses récits... Car si l'on veut découvrir la vie de l'artiste, ou ce qu'il veut bien en montrer, c'est dans ses livres qu'il faut le chercher. Sa biographie constitue en effet l'une des principales sources d'inspiration de l'œuvre qui commence à paraître en 1999 avec L'Immense Solitude.

Le succès critique que rencontre ce premier ouvrage fait largement connaître Frédéric Pajak, qui publie dès lors, avec régularité, près d'un livre par an. Tout comme L'Immense Solitude (mais aussi Martin Luther, paru en 1997 et peu diffusé), il s'agit à chaque fois de biographies subjectives, faites de ce que Pajak appelle des « rêveries » autour de certains aspects de la vie d'un philosophe, d'un romancier ou d'un poète : ainsi des amours contrariées d'Apollinaire (Le Chagrin d'amour, 2000), du génie et de l'alcoolisme d'un James Joyce (Humour, 2001), des errances de Nietzsche gagné par la folie (après L'Immense Solitude, Nietzsche et son père, 2003 et J'entends des voix, 2006)... Il réalise une série présentée comme une méditation sur l'Histoire, qui prend appui sur des épisodes de la vie de Walter Benjamin. À travers une méditation sur le roman, le tome I (2012) de Manifeste incertain situe le philosophe dans un entre-deux-guerres où s’affirme l’avènement du nazisme et de la culture de masse. Dans le tome II (2013), des personnalités telles qu’André Breton, Ludwig Hohl ou Léon-Paul Fargue évoluent dans le Paris de 1926. Dans le tome III (2014), le récit de l’errance en France de Benjamin jusqu’à son suicide en 1940 croise celui de l’exil du poète américain Ezra Pound dans l’Italie fasciste.

Dans tous ces ouvrages, la dimension autobiographique est omniprésente. Pajak n'hésite pas, en effet, à livrer ses propres souvenirs et réflexions et à les juxtaposer à ceux de ses personnages. Ses voyages, ses amis, sa mélancolie ou bien encore le sujet lancinant et récurrent de la mort du père alternent avec des événements bien réels de la vie de Pavese, de Joyce ou de Nietzsche. Dans l'aller-retour consta [...]

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  • Écrit par 
  • Nelly FEUERHAHN
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Pour citer l’article

Clarisse BOUILLET, « PAJAK FRÉDÉRIC (1955- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-pajak/