TOZZI FEDERIGO (1883-1920)

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Considéré aujourd'hui comme l'un des trois narrateurs, avec Stevo et Pirandello, qui ont donné au roman italien du début du xxe siècle une dimension européenne, Tozzi reste assez méconnu du grand public, sans doute à cause d'une œuvre quantitativement limitée par une mort prématurée, à trente-sept ans. Emporté par la grippe espagnole un an après la publication de son premier roman, il laisse beaucoup de textes inédits ou passés inaperçus dans des éditions éphémères et des revues rares. Le caractère jugé morbide de son inspiration explique aussi l'accueil réservé de ses contemporains.

Tous ses romans, profondément autobiographiques, sont inspirés par la campagne siennoise où le petit Federigo, d'une santé fragile, a grandi entre une mère trop douce et un père violent. Vite orphelin de mère, ce fils d'un petit propriétaire terrien, également aubergiste, connaît une jeunesse orageuse et instable, tour à tour étudiant aux Beaux-Arts et apprenti technicien. Les Souvenirs d'un employé (Ricordi di un impiegato, 1920) racontent comment il se dégage, non sans mal, de la tutelle paternelle, en devenant employé des chemins de fer.

Cet autodidacte fonde à Sienne une revue politique et littéraire, La Torre, d'inspiration catholique et conservatrice, et compose deux recueils de poésies influencées par D'Annunzio, La Cornemuse verte (La Zampogna verde, 1911), et par les mystiques siennois et sainte Catherine, La Cité de la Vierge (La Città della Vergine, 1913), avant d'être enrôlé dans la Croix-Rouge durant la Grande Guerre. Après son mariage, il s'installe à Rome, où Borgese puis Pirandello l'aident à faire connaître ses récits et nouvelles dont une partie sera publiée l'année de sa mort : Jeunes Gens (Giovani, 1920) et L'Amour (L'Amore, 1920). Cet art de conteur, qui lui permet de concilier le réalisme et le lyrisme, se retrouve dans ses romans.

Commencé dès 1910 sous le titre de Premier Amour (Primo Amore), le roman Les Yeux fermés (Con gli occhi chiusi, 1919) est à la fois une chronique sociale et l'aventure d'une confession, une histoire d'amour et d'argent, pathétique et sordide. L'autoportrait de ce jeune propriétaire terrien (que Tozzi est devenu à la mort de son père), réduit à l'impuissance par ses propres contradictions et incapable de sauvegarder l'héritage paternel et de conquérir la jeune paysanne dont il est amoureux, et qui sombre dans la déchéance, appartient désormais à cette célèbre galerie de anti-héros qui, dans le roman moderne, illustrent la crise d'une conscience malade.

Composé en trois semaines, à la fin de la guerre, et publié juste après la mort de l'auteur, Trois Croix (Tre Croci, 1920) donne à un sombre drame familial la résonance d'un chœur tragique. Le mélange subtil de solidarité et de rivalité qui lie trois frères a des accents dostoïevskiens, dans ce roman considéré comme le chef-d'œuvre de Tozzi. Sans rien perdre de la sincérité de son inspiration, l'auteur réussit à mieux dominer la veine autobiographique par une plus grande objectivation.

La Propriété (Il Podere, 1921) est centrée sur le violent conflit qui oppose un propriétaire terrien velléitaire et aboulique à son métayer rusé, une lutte inspirée par les mauvais souvenirs du jeune Tozzi qui, à la mort de son père, s'imaginait pouvoir vivre de ses rentes et qui s'est heurté à des paysans jugés âpres au gain et de mauvaise foi. L'ensemble de l'œuvre illustre d'ailleurs, non seulement, par anticipation, la grande crise morale de l'après-guerre, mais aussi la crise économique et sociale qui frappe la petite bourgeoisie terrienne et commerçante. Au-delà de ce réalisme, la modernité de Tozzi tient à sa psychologie des profondeurs, lorsqu'il révèle l'agressivité et la violence que peut cacher une morne vie familiale.

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Gilbert BOSETTI, « TOZZI FEDERIGO - (1883-1920) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/federigo-tozzi/