BLANKERS-KOEN FANNY (1918-2004)

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Quadruple championne olympique en 1948 à l'âge de trente ans, l'athlète néerlandaise Fanny Blankers-Koen, alors mère de famille, fut la reine de ces Jeux de Londres où elle gagna en outre un surnom original : la « Ménagère volante ». Championne éclectique (elle brillait dans les courses de sprint et de haies, détint les records du monde du saut en hauteur, du saut en longueur et du pentathlon), elle fut désignée en 1999 « meilleure athlète féminine du xxe siècle » par la Fédération internationale d'athlétisme (I.A.A.F.). Une récompense des plus méritées, car nul ne connaît le nombre de médailles dont elle fut privée par la Seconde Guerre mondiale.

Francisca Koen est née le 26 avril 1918 à Baarn, un village de la province d'Utrecht, dans une famille d'agriculteurs. Elle échappe aux dures conditions de la vie à la ferme, car son père, désireux d'offrir une existence moins difficile à ses enfants, abandonne le travail de la terre pour créer une entreprise de transport routier à Hoofddorp. Devenu citadine, « Fanny » se montre une élève appliquée à l'école communale, puis elle est inscrite à l'école ménagère pour jeunes filles : la couture, le jardinage et les randonnées à bicyclette occupent le plus clair du temps de cette enfant timide qui coiffe sagement ses nattes blondes. Sa voie rectiligne vers la condition de femme au foyer s'incurve alors qu'elle est âgée de quatorze ans : elle commence à s'intéresser au sport (natation, gymnastique), fait part à son professeur d'éducation physique, Franz De Haan, de son désir de compétition. Celui-ci détecte ses qualités pour la course à pied et l'oriente dans cette direction : en 1935, elle rejoint le club athlétique féminin d'Amsterdam, où elle fait la connaissance de Jan Blankers, un journaliste, qui va devenir son entraîneur puis son époux. Fanny Koen montre d'étonnantes aptitudes pour le 800 mètres, battant le record des Pays-Bas sur cette distance. Mais, après l'expérience de 1928, le Comité international olympique, à l'époque fort misogyne, a rayé cette épreuve du programme féminin. Pour participer aux Jeux et y briller, Fanny doit donc modifier son répertoire athlétique. Elle rejoint le plus grand club d'athlétisme néerlandais de l'époque, le Sagitta d'Amsterdam, où Jan Blankers s'occupe de sa préparation et de sa reconversion vers les courses de sprint et les sauts. À dix-huit ans, Fanny Koen, devenue une belle et grande jeune fille (1,75 m, 63 kg), championne nationale du 200 mètres et du saut en hauteur, se voit sélectionnée pour participer aux jeux Olympiques de Berlin en 1936, où elle se classe sixième du concours de saut en hauteur (1,55 m) et cinquième du relais 4 fois 100 mètres. En 1938, elle établit son premier record du monde : elle court le 100 yards en 11 secondes. La même année, à l'occasion de la première édition des Championnats d'Europe d'athlétisme à Vienne, elle s'adjuge la médaille de bronze dans le 100 mètres et dans le 200 mètres. À vingt ans, son avenir athlétique semble radieux... La Seconde Guerre mondiale en décide autrement.

Le 29 août 1940, elle épouse Jan Blankers. En 1941, elle donne naissance à son premier enfant : à l'époque, la maternité marque toujours ou presque la fin de la compétition pour les sportives. Fanny Blankers-Koen en décide autrement et, malgré les privations de l'époque et le manque de perspectives concernant les compétitions internationales, elle entretient sa forme et bat même des records du monde : 80 mètres haies (11,3 s) durant l'été de 1942 ; saut en hauteur (1,71 m) et saut en longueur (6,25 m) en 1943 ; 100 yards (10,8 s) en 1944. Une fois la paix revenue, elle peut donc se distinguer dans plusieurs disciplines athlétiques. En 1946, aux Championnats d'Europe d'Oslo, elle remporte le 80 mètres haies et le relais 4 fois 100 mètres ; elle se classe également quatrième du concours de saut en hauteur.

Mais briller aux jeux Olympiques demeure sa grande ambition. Pourtant, quand elle se présente à Londres en 1948, cette mère de famille de trente ans subit quelques railleries venues de la presse britannique, qui loue le talent de Dorothy Manley, Audrey Williamson ou Maureen Gardner, trois jeunes filles de vingt et un ans qui sont ses rivales. Les journalistes britanniques vont rapidement abandonner leur ton caustique : sur le stade de football de Wembley où on a implanté à la hâte une piste en cendrée que la pluie incessante transforme en terrain de labour, la Néerlandaise dispute [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « BLANKERS-KOEN FANNY - (1918-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fanny-blankers-koen/