ESPAGNE (Arts et culture)La langue

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Traits les plus spécifiques de la langue espagnole

Phonique

L'espagnol n'a que cinq voyelles phonologiques (a, e, i, o, u). Parmi les consonnes, on notera : l'interdentale sourde |θ| (raza, celo), la vélaire sourde |x| (ou jota : ajo, sugerir), l'affriquée sourde |ʧ| (gaucho), le |ɾ| simple et le |r| apical multiple (pera, perra), le |ʎ| palatal (calle), le |ś| légèrement palatal (en castillan) et la réalisation occlusive ou fricative de |b|, |d|, |g| selon la jonction dans la chaîne : bebe, « il boit » : |βe|. L'accent tonique tombe toujours sur l'une des trois dernières syllabes du mot : término, « le terme », termino (accent sur i), « je termine », terminó, « il termina ». L'intonation sert normalement à marquer le type d'assertion : ¿ Viene ?... Viene, « Vient-il ?... Il vient. » L'ordre des éléments peut être distinctif, mais la liberté est grande, et la substance sémantique aide puissamment à la compréhension du message.

La graphie officielle, réformée encore en 1952, ne laisse subsister que peu de différences entre l'écriture et la prononciation. Cependant le h est muet, ch vaut pour |č|, ll pour || et c et g changent de prononciation selon l'entourage (cauce : k, θ), alors que le même son peut dans de rares cas s'écrire différemment (girar, jinete pour jota).

Syntaxe

Tout énoncé est formé d'un sujet, manifesté par une séquence à fonction nominale (par nature : el libro, « le livre » ; esto, « cela » ; ou par transfert : salir a las dos, « sortir à deux heures ») combinée avec un prédicat, de deux formes usuelles : verbe attributif suivi d'adjectif ou de substantif (Pedro es simpático, es médico, « Pierre est sympathique, il est médecin ») ou verbe actif suivi éventuellement d'objets (Pedro se comió toda la sopa, « Pierre a mangé toute la soupe »). Une construction moyenne prend une valeur soit passive (las medidas que se toman..., « les mesures qui sont prises »), soit active (aquí se cose a máquina, « ici, on coud à la machine »). Le groupe nominal connaît plusieurs extensions (todos los muy interesantes problemas magníficamente expuestos, « tous les très intéressants problèmes magnifiquement exposés »), ainsi que le groupe verbal (hubiera podido haber tomado otra decisión, « il aurait pu avoir pris une autre décision »). La nominalisation se fait le plus souvent au moyen de que : que Pedro sea simpático, que Pedro se coma toda la sopa. Les mots ont une syntaxe interne qui permet de les définir (requete-agrad-abil-ísim-a-s, « vraiment très agréables »), mais l'unité de fonctionnement est la lexie mémorisée (casa, « maison » ; paso a nivel, « passage à niveau » ; tomar en cuenta, « tenir compte »). Les classes syntaxiques sont : substantifs (el gato, « le chat ») ; verbes (comería, « mangerait ») ; adjectifs (lento, lentamente) ; déterminants (mi, « mon », este, « ce ») ; quantitatifs (muy, « très » ; más, « plus ») ; auxiliaires (haber, « avoir » ; poder, « pouvoir ») ; relateurs (a, pues, « à, donc ») ; substituts (ayer, « hier » ; si, « oui »).

Catégories grammaticales

Au niveau du substantif, l'espagnol distingue le sexe (gato, gata), le nombre (gato, gatos), la détermination (un gato, el gato) et la spécificité (la luna, « le miroir » ; la Luna, « la Lune »). Le neutre n'existe qu'au niveau pronominal (esto, eso, aquello, lo, ello). Le verbe a comme morphologie liée, obligatoire, l'expression du mode (el que tiene, el que tenga, « celui qui a, celui qui aurait »), l'époque (tuvo, tiene « il eut, il a »), l'actualité (tendrá, tendría « il aura, il aurait ») et, en morphologie libre, les auxiliaires de modalité (quiere salir, « il veut sortir ») et de déroulement (sigue estudiando, « il continue à étudier »). L'adjectif ne connaît que des catégories d'intensité et d'accord.

Les trois classes se combinent avec les suffixes d'aspect, qui intègrent des relations générales (cantar, cantando, cantado « chanter, chantant, chanté » ; el decorador, la decoración, el decorado, « le décorateur, la décoration, le décor » ; impresionable, impresionante, impresionado), et avec les préfixes modificateurs (subtropical, sobrevivir, supermercado). La quantification se fait au moyen des quantitatifs (muy hermoso, come mucho, muchas sillas), d'une riche série d'« indéfinis » (todos los hombres, algunos, ciertos, otros...), du duel (ambas manos, « les deux mains »), du distributif (sendos, « chacun un »), d'augmentatifs et de diminutifs intégrés (casita, « petite maison » ; callandito, « tout bas » ; en seguidita, « tout de suite  [...]

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, professeur de linguistique générale à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Bernard POTTIER, « ESPAGNE (Arts et culture) - La langue », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-arts-et-culture-la-langue/