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ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) L'Égypte romaine et byzantine

Les raisons de la présence romaine

L'attrait que l'Égypte exerça sur Rome durant tant de siècles est dû à sa richesse. Dans l'économie antique, en effet, le pays offrait les ressources les plus appréciées, et d'abord les céréales. Qui tenait l'Égypte pouvait affamer Rome, et sans doute est-ce là une des raisons pour lesquelles elle fut, selon l'expression de Tacite, « séquestrée » par Auguste, qui délégua comme préfet un chevalier romain et qui interdit aux sénateurs d'y aller. Une grande partie du blé égyptien, levé au titre de l'impôt foncier, reçu comme fermage des grands domaines ou acheté avec le produit des taxes était amenée à Rome sur des navires qui repartaient vides. Ainsi cette richesse ne permit pas à l'Égypte d'établir des échanges commerciaux avec les autres parties du monde méditerranéen ou du monde occidental. Cette absence de commerce international dans l'ensemble du pays explique la persistance de la monnaie alexandrine qui suffit amplement aux échanges locaux. Le seul problème pour Rome, et plus tard pour Byzance, était de « tondre les brebis et non les écorcher », selon le mot que Dion Cassius attribue à Tibère et qui fut peut-être prononcé par Claude (Tiberius Claudius Caesar), puisque l'historien romain prétend que la phrase s'adressait à Aemilius Rectus, préfet sous Claude. La prospérité égyptienne étant fondée principalement sur l'agriculture, vigne, fruits, lin, papyrus pouvaient soit être exportés vers Rome, soit être vendus et ainsi permettre de lever des impôts. Ce sont des historiens de l'époque romaine, comme Strabon, ou surtout Pline l'Ancien, qui nous renseignent le mieux sur la fertilité de l'Égypte romaine. Sous l'Empire apparurent deux nouveautés d'importance : la roue à eau et la machine à battre.

Rome veilla également de très près à l'exploitation des carrières de pierres ou de minerais précieux. Les inscriptions grecques surtout en témoignent, car les militaires ou les ouvriers chargés de cette extraction ont laissé, dans toutes les régions de mines (essentiellement le désert oriental et la basse Nubie), soit leurs signatures soit des actes d'adoration envers les dieux protecteurs de ces régions inclémentes, et notamment envers le dieu Pan, patron du désert. Carrières de granit rouge et gris de Syène, carrières de granit gris du Gebel Fatireh, carrières de porphyre rouge du Gebel Dokhan, carrières d'albâtre du Mons Berenicides, grès fin de Nubie, calcaire de Ptolémaïs, émeraude du désert oriental, or du Ouadi Hammamat ou du Ouadi Allâki, serpentins, ophites, basaltes sont exploités par les Romains durant le Haut et le Bas Empire. Pour transporter ces richesses, les Romains construisent des routes jalonnées de citernes, de camps et de tours servant de signal : routes d'Apollonopolis Magna (Edfou) ou de Koptos (Kouft) à Bérénice, route de Koptos à Kosseir par l'Ouadi Hammamat, route de Kainopolis (Qena) à Myos Hormos (Hourghada), via Hadriana longeant le littoral inhospitalier habité par les Troglodytes et les Ichthyophages, c'est-à-dire le rivage de la mer Rouge depuis Bérénice jusqu'à Klysma (Suez). En plein sable, on trouve encore aujourd'hui les vestiges de ces stations dans le désert oriental, comme le Paneion d'El Boueb, au sud-est de Phoinikon dans le désert de l'Est, ou le rocher d'Abou Dourouah, à l'ouest de Dakkeh, en basse Nubie. L'exploration systématique de ces lieux écartés va permettre de dresser un tableau de l'activité des Romains dans le désert égyptien. En même temps qu'elles rendaient possible l'exploitation de ces richesses naturelles, ces routes ouvraient aux armées romaines l'accès aux riches contrées qui produisaient l'encens, les parfums, les bois rares, les pierres précieuses, les riches étoffes. Par la Nubie on gagnait l'Éthiopie, par le désert l'Arabie Heureuse et les Indes.[...]

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Écrit par

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Dijon

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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