MOLYNEUX EDWARD (1891-1974)

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Maître de l'élégance parisienne entre les deux guerres, Edward Molyneux est mort au moment où se manifestait une renaissance de l'art de paraître dans la haute couture.

Officier britannique sur le front français pendant la Première Guerre mondiale, grièvement blessé, il installe sa maison de couture rue Royale en 1919 et concourt au rayonnement artistique de la capitale.

Entre 1934 et 1937 il habille toute l'Europe. La princesse Marina de Grèce se marie en 1934 avec le duc de Kent dans une robe signée Molyneux l'ensemble qu'elle porte l'année suivante au défilé du jubilé de George V est également de Molyneux. Il fait scandale par la capeline ornée de plumes d'autruche voilant quelque peu les traits princiers, au grand dam du protocole de la cour.

Entouré de Germaine Bricard, à l'imagination fougueuse, et du jeune Pierre Balmain très mesuré, le « Captain » est l'auteur d'innombrables costumes de scène et de ville : celui de Mistinguett pour sa rentrée aux Folies Bergère, ou bien ceux de Cécile Sorel, de Merle Oberon, de Marlène Dietrich.

Son style peut se résumer en trois tendances : le couturier anglais excelle dans les coupes sobres de tailleurs ayant une affinité avec les tenues de chasse ou de golf (ainsi sa veste droite à quatre poches, « juste un petit cardigan » selon son expression, fera-t-elle le tour du monde, sur une jupe plissée) ; ses modèles d'après-midi d'une simplicité infinie, se composent de manteaux fins ou de vestes droites, doublées de la même soie que la robe au corsage travaillé, blousant légèrement sur une jupe à ampleur mesurée ; à l'inverse, les robes de dîner et du soir s'enroulent autour du corps en drapés, fendus sur le côté, que de grandes manches équilibrent.

L'élégante de Molyneux porte des gants longs drapés sur le poignet, une fleur blanche au cou ou à la taille et un chapeau, petit ou grand, posé droit.

Chez lui, point de toiles savamment drapées et épinglées sur les modèles. Ses idées, que Pierre Balmain a évoquées dans ses souvenirs, devaient être interprétées à partir de minuscules croquis. Excellent coloriste, il marie le rose au marron, les tweeds légers au shantung naturel, le brun au beige. Mais, comme la première hirondelle, son tailleur marine à revers de piqué blanc annonce l'arrivée du printemps parisien. Il est, en effet le précurseur de ce célèbre ensemble qui, depuis les années 1930, revient toujours, sous une griffe ou une autre, avec le même succès.

Généreux, sachant s'entourer, il donne sa première chance à Marc Bohan, entre autres personnalités de la haute couture d'après guerre.

La maison de couture a fermé ses portes en 1940, reprenant ses activités dès la Libération. Mais les temps ont changé. Sa clientèle d'outre-Manche ne voyage plus qu'avec quelques livres sterling en poche. Parmi ses anciens collaborateurs anglais, plusieurs ont ouvert des maisons de couture à Londres, où s'habille presque exclusivement la famille royale. Il tente alors, toujours en précurseur, d'intéresser les Parisiennes, dès les années 1950, à la mode sportive d'origine californienne. Mais c'est encore trop tôt, et, en 1954, son état de santé l'oblige à fermer ses portes de nouveau.

Cherchant le soleil et la beauté, il monte une exploitation horticole à Biot, puis s'installe aux Bahamas, avant de revenir à Monte-Carlo. Comme tous les couturiers d'avant guerre, Molyneux avait une société de parfums dont les ventes baisseront après la fermeture de sa maison de couture. Aussi, est-ce sans doute pour redonner un élan à ses ventes qu'il revient une nouvelle fois rue Royale en 1965, mais c'est un échec et il se retire en 1969. Son parent John Tullis, qui reprend le prêt-à-porter de luxe, ferme définitivement le Studio Molyneux en 1977.

Comme celui de son ami Noël Coward, dont il habilla les pièces à Paris et à Londres, le nom de Molyneux évoque l'époque élégante et insouciante d'entre les deux guerres.

Peintre également, Molyneux a exposé à Paris, à Londres et à New York de charmantes compositions figuratives, notamment des bouquets de fleurs ; il a réuni en outre une très belle collection de peintres impressionnistes, qu'il présentait dans son appartement parisien.

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Nathalie MONT-SERVAN, « MOLYNEUX EDWARD - (1891-1974) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-molyneux/