CAYMMI DORIVAL (1914-2008)

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Auteur de grands classiques de la chanson brésilienne interprétés notamment par Carmen Miranda, João Gilberto, Tom Jobim et Gilberto Gil, Dorival Caymmi a régné pendant près de soixante ans sur la musique populaire brésilienne. Incarnation de l'homme cordial, ce Bahianais fut également chanteur, compositeur et guitariste. Au palmarès de son œuvre, les sambas à l'allure enlevée côtoient des samba-canções, au rythme plus « arrondi », et les célèbres canções praieiras, chansons de pêcheurs inspirées du folklore de Bahia.

Dorival Caymmi naît le 30 avril 1914 à Salvador de Bahia, dans une famille modeste, aux talents musicaux variés : son père joue du piano et de la guitare ; sa mère chante et lui fait découvrir un univers sonore composite, mêlant folklore bahianais, diexieland et grands maîtres classiques – parmi lesquels Jules Massenet, pour lequel il marque une prédilection particulière. Pourtant, Caymmi ne reçoit pas une éducation musicale traditionnelle : s'il apprend la guitare, c'est en autodidacte, et il est d'abord attiré par l'écriture et le dessin. En 1927, il est petite main au quotidien O Imparcial de Salvador, qui ne survit pas à la crise de 1929. Renonçant au journalisme, Caymmi fréquente alors la plage d'Itapoã, qui devient la principale source d'inspiration de ses canções praieiras. Après plusieurs apparitions sur les radios de Salvador, il compose O Mar, chanson qu'il considérait lui-même comme la plus représentative de son œuvre.

En 1938, il part tenter sa chance à Rio de Janeiro, où ses talents ne tardent pas à être découverts : en moins d'un an, il est engagé par Rádio Tupi et connaît le succès avec la samba O que é que a baiana tem ?, interprétée par la jeune étoile Carmen Miranda. Dès 1939, sa carrière est lancée. Après deux premiers 78-tours chez Odeon, il enregistre O Mar (Columbia, 1940) et poursuit la série des canções praieiras, épopée homérique contant l'histoire des pêcheurs de Bahia, en collaboration avec le romancier Jorge Amado. Parallèlement, il compose des sambas à succès comme Doralice et Você ja foi a Bahia ?, qui évoquent une Bahia métisse, sensuelle et atemporelle, effectue de longues tournées dans le Nordeste brésilien et se produit dans les salons huppés du Copacabana Palace de Rio. Il participe ainsi à la construction d'une industrie musicale nationale, intégrant et modernisant des rythmes et thèmes folkloriques régionaux. Un temps, Caymmi semble pourtant s'éloigner de sa Bahia natale : en 1947, il initie avec Marina une nouvelle série de compositions dans le style de la samba-canção, chanson romantique métissée de boléro. Suivent Não tem solução, Nem eu et Sou Louco, dont la structure harmonique annonce la bossa nova.

La quête de simplicité des mélodies et des paroles constitue une des principales caractéristiques de l'œuvre de Dorival Caymmi, dont témoignent ses premiers albums : Canções praieiras (Odeon, 1954), Sambas de Caymmi (Odeon, 1955), Caymmi e o mar (Odeon, 1957), Eu vou para Maracangalha (Odeon, 1957), Caymmi e seu violão (Odeon, 1959) et Eu não tenho onde morar (Odeon, 1960).

La fin des années 1950 ouvre également une période de rencontres musicales. Après un album avec Ary Barroso, Caymmi enregistre avec Tom Jobim (Caymmi visita Tom, Elenco, 1964) et Vinicius de Moraes (Vinicius & Caymmi no Zum Zum, Elenco, 1967), tandis que João Gilberto interprète ses chansons au Carnegie Hall de New York. Caymmi connaît alors le succès international : à Los Angeles, il enregistre Caymmi and the Girls from Bahia (Warner, 1965), avant de se présenter à Buenos Aires. Ces rencontres se poursuivent dans les années 1970 : après un nouveau disque solo fortement imprégné des chants de candomblé (Caymmi, Odeon, 1972), Modinha para Gabriela est interprétée par la nouvelle égérie du tropicalisme, Gal Costa. Quelques années plus tard, Milagre est reprise conjointement par João Gilberto, Gilberto Gil et Caetano Veloso (Brasil, W.E.A., 1981), tissant un lien étroit entre différentes générations musicales de Bahia.

Toutefois, c'est avec ses propres enfants que Caymmi se plaît le plus : Nana, Danilo et Dori l'accompagnent dans Caymmi's grandes amigos (E.M.I., 1986) et Família Cymmi em Montreux (Polygram, 1991). Au cours des dernières années de sa vie, cette dimension filiale s'accentue à mesure des hommages rendus : en 1994, son 80e anniversaire est l'occasion de la publication [...]

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Écrit par :

  • : professeur agrégée et docteur en histoire, attachée temporaire d'enseignement et de recherche à l'université de Paris-VI-Sorbonne

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Anaïs FLÉCHET, « CAYMMI DORIVAL - (1914-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dorival-caymmi/