GONZALEZ-FOERSTER DOMINIQUE (1965- )

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Cette artiste française issue de l'école d'art de Grenoble s'est imposée sur la scène internationale avec un art du sensible. Résolument tournées vers la subjectivité du spectateur, ses pièces n'ont pour autant jamais fait appel à une interactivité ludique et forcée. Elles usent de ressorts beaucoup plus intimes et impalpables, comme avec les Chambres, dispositifs qu'elle amorce dès 1988. Son Cabinet de pulsions (1992) est constitué d'un assemblage d'isoloirs colorés comme autant de cabines destinées à susciter l'introspection. L'installation, la mise en scène devrait-on dire, rassemble des chaussures sur un tapis, des lacets, des photos de chaussures et une image du cabinet de Sigmund Freud. Au spectateur de s'y projeter, d'y spéculer, entre fétichisme et fiction. Cette qualité « ambientale » est palpable aussi bien dans ses installations que dans ses films, médium qu'elle utilise pleinement au cours des années 2000.

Dans ses Chambres, Dominique Gonzalez-Foerster (née en 1965 à Strasbourg) dispose des indices, construit des espaces intimes, chargés de fictions. Ses univers sont ouvertement cinématographiques et littéraires sans que jamais des références trop littérales ne viennent les encombrer et en donner une lecture unique. « Je ne travaille pas sur la notion même de l'identité ; plutôt sur la façon de se concevoir, soi à travers la perception d'un environnement », dit la jeune femme. En 1997, elle réalise l'exposition Moment Ginza au Centre national d'art contemporain-Le Magasin, à Grenoble. On peut y voir une synthèse de son habileté à reconstituer de manière indicielle et intuitive des moments et à recréer des sensations d'espaces. Cette capacité à intérioriser des lieux et des situations rendus publics par leur fréquentation collective, Dominique Gonzalez-Foerster l'a exportée dans ses films contemplatifs. L'œil de la caméra lui permet alors de s'attacher aux espaces urbains souvent vides qu'elle se plaît à observer. Optant pour un usage du travelling lent et des cadres ouvrant le plus souvent sur des lieux vides ou de passage, l'artiste recherche une sensation mélancolique nourrie d'attente et de sentiment de la disparition. Tous ses films s'attachent à une architecture, jouent des lieux et des non-lieux. Et si elle ne rechigne pas à faire intervenir des personnages, c'est bien à travers une observation dénuée de narration ou de dialogue qu'elle dessine le mieux les moments spécifiques qu'elle affectionne. En 1999, elle réalise Riyo, lent travelling réalisé sur une rivière à Kȳoto. Elle participe au projet collectif « No Ghost, Just a Shell » de Philippe Parreno et Pierre Huyghe, en réalisant le film d’animation en 3D Ann Lee in Anzen Zone (2000).

En 2001 avec Plages, Dominique Gonzalez-Foerster filme du haut d'un immeuble une foule compacte au Brésil, rassemblée pour un feu d'artifice. La même année, elle construit avec la collaboration du compositeur et chanteur Jay Jay Johanson, un Cosmodrome, son et lumière de neuf minutes présenté dans l'obscurité totale, les pieds dans le sable noir. Dans cette dramaturgie lumineuse et sonore inspirée des dispositifs de panoramas et des simulations de naufrage créées à la fin du xixe siècle avant l'arrivée du cinéma de fiction, nourrie de littérature et de cinéma de science-fiction, Dominique Gonzalez-Foerster propose davantage ici un voyage qu'un paysage. Mais on retrouve cette qualité sensible dont elle ne s'est jamais départie : « on rentre dans ces environnements, on ne les domine pas comme objet », disait-elle à propos de ses Chambres. La formule vaut aussi près de dix ans plus tard pour ses films comme pour cette installation. Malus (2004) mêle des images de différentes natures (cassette DV, super 8), comme un film d’archives qui aurait été réalisé par un Indien Navajo survivant d’une catastrophe. Avec Tristan Bera, elle réalise le film Belle comme le jour (2012) à la manière d’un prélude à Belle de jour de Luis Buñuel et Belle toujours de Manoel de Oliveira.

À partir des années 2000, Dominique Gonzalez-Foerster met en scène, en collaboration avec le musicien Ari Benjamin Meyers, des performances-installations inspirées de films. Au Guggenheim Museum de New York en 2008, elle présente NY.2022 influencé par Soleil vert de Richard Fleischer. Lors de la biennale Performa 2009 de New York, elle monte K.62 qui fait référence au film Procès d’Orson Welles, d’après Franz Kafka ; K.73 à Malpertuis de Harry Kümel ; K.85 à After Hours de Martin Scorsese. Au Tensta Konsthall à Spånga (Suède) en 2012, elle donne T.451 d’après le roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

En 2002, elle s'est vu récompenser par le prix Marcel Duchamp décerné à un artiste français pour l'ensemble de sa carrière. Expodrome (2007) au musée d’Art moderne de la Ville de Paris est conçu comme un espace polysensoriel, traversé de sons, d'images et de reflets. Avec l’installation TH.2058 (2008), Dominique Gonzalez-Foerster se projette dans le futur et transforme la grande halle des turbines de la Tate Modern de Londres en un abri de stockage pour les œuvres d’art.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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Bénédicte RAMADE, « GONZALEZ-FOERSTER DOMINIQUE (1965- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dominique-gonzalez-foerster/