POMMEREULLE DANIEL (1937-2003)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Ayant décidé de se consacrer à la peinture, Daniel Pommereulle (né en 1937 à Sceaux-Robinson) fut interrompu dans cette activité par la guerre d'Algérie, où il a été envoyé en 1957 ; il en revint révolté. Dès le début des années 1960, il fut l'un des rares artistes qui aient alors rompu en France avec l'héritage cézannien des esthétismes de l'époque. Après avoir peint quelques tableaux ironiques à l'égard du pop art, il a entrepris dès 1962 une série d'assemblages d'objets dont le but était de provoquer le regardeur à la redécouverte du sens caché des apparences : Objet hors saisie, L'En-dedans pris, De la chaise occidentale considérée comme un monument thibétain, Ces Victoires seront la principale révélation, en 1965, de l'exposition des « Objecteurs », organisée par Alain Jouffroy, et qui comprenait également les « psycho-objets » de Jean-Pierre Raynaud, des « tableaux-pièges » de Daniel Spoerri, des œuvres de Tetsumi Kudo et d'Arman. La beauté éthique de la démarche y supplante la beauté esthétique, qui n'est pas négligée, mais subordonnée à un projet poétique de grande ampleur. Les assemblages qu'il réalise par la suite préfigurent l'Art pauvre. Pommereulle expose un Pêcher en fleur au Salon de mai de 1966 et des Objets de tentation particulièrement provocants en 1967, ce qui suscite l'un des derniers scandales de l'après-guerre. Il participera activement à Mai-68, où il édite un tract : « À la violence ». Quelques mois auparavant, un projet d'exposition d'appareils de torture, baptisés Urgences, qui devait coïncider avec la publication de L'Abolition de l'art d'Alain Jouffroy, avait été annulé. Délaissant Paris et l'expression plastique en 1968, il n'y reviendra qu'en 1972, pour préparer trois monuments, sous le titre Fin de siècle, que le C.N.A.C. Georges-Pompidou, Paris, exposera en 1975. Deux films : One More Time (1967) et Vite (1969) pour lesquels il conçoit successivement une machine à suicide et des plans-séquences filmés au téléobjectif ou à travers un télescope, aboutissent à une apologie du désert et de la planète Saturne. Mais c'est à partir des trois monuments : Fin de siècle, Le Toboggan et Le Mur de couteaux, qu'il définit un art de la cruauté, plus proche d'Artaud que de Duchamp.

Ayant repris dès 1973 le travail d'assemblage, il avait précisé la thématique de ces monuments par les Objets de prémonition, faits de grands pots de peinture renversés, couverts de feuilles de plomb froissées et transpercées de lames de poignard. En les présentant sur des socles en cuivre poli, il leur conférait la dignité d'un geste de révolte exemplaire. Des sérigraphies consacrées à Saturne, aux comètes et à la foudre soulignaient l'horizon « ciel-air » que Daniel Pommereulle a ensuite intégré à toutes les sculptures qu'il a réalisées à partir de 1976-1977. Refusant tout système de production en série, et déjouant de cette manière les règles du marché de l'art, il a de même contredit la philosophie de la parodie et de la dérision, provoquée par l'échec de Mai-68, échappant du même coup au règne du superficiel qui devait trouver son couronnement dans le postmodernisme. « Agressif, aberrant, cruel, enthousiaste, libérateur, vital », comme le décrit Pontus Hulten, « le siècle de Daniel Pommereulle » est celui d'une renaissance des valeurs fondamentales à travers une individualité consciente de son pouvoir d'opposition, et de son refus de la norme. Ainsi l'« abolition de l'art » s'est-elle transformée en abolition du conservatisme moderne, qui sévit par modes successives interposées. Résistant à la fascination du désordre et à la perte de mémoire que représentent les tendances postmodernes, Daniel Pommereulle a inventé un nouveau langage des matériaux : le marbre, le verre, l'acier, aussi bien que l'ardoise, la céramique ou la pierre. Ses pastels en restituent la genèse et les fulgurances. C'est en effet par la résurrection des formes, plutôt que par leur destruction ou leur répétition, qu'il incite le regardeur à réfléchir sur la fonction mythique de la sculpture. Il y a une égale volonté de reconstitution éthique dans ses écrits, par exemple dans les aphorismes de son recueil Café sanglant (1978). Formules abruptes, où le sens foudroie la syntaxe, comme : « Il y a deux sortes de visages : 1o celui qui arrête le vent ; 2o celui qui le pousse. » Cette volonté d'inquiéter, de déstabiliser se manifeste jusque dans les titres des expositions : L'Utopie des voyageurs (Dole, 1991), Les Égorgeurs d'épaisseur (Paris, 1993).

Les formes mises en jeu par ses sculptures répondent au désir de faire coexister équilibre et déséquilibre, permanence et fragilité, violence extérieure et lointain intérieur. Plusieurs de ses œuvres, présentes à Antony, à Épernay, à Créteil et à Champigny-sur-Marne ainsi qu'au Japon et en Corée, œuvres où le marbre alterne avec le bronze, le bronze avec le verre, telles que Le Chaos et la mer, réalisées de 1983 à 1985, ou encore l'eau et le verre de la fontaine à Épernay (1987) ont amorcé la reconnaissance internationale de ce peintre, poète et sculpteur dont l'audace s'allie à un classicisme masqué. Le musée de l'Objet à Blois a organisé une exposition monographique consacrée à l'œuvre de Daniel Pommereulle en 2006.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Alain JOUFFROY, « POMMEREULLE DANIEL - (1937-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/daniel-pommereulle/