DELBO CHARLOTTE (1913-1985)

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Née le 10 août 1913, à Vigneux-sur-Seine, l’écrivain Charlotte Delbo vient d’un milieu modeste. Elle interrompt ses études à seize ans, devient sténodactylo anglais-français, tout en poursuivant sa formation intellectuelle au sein de l’Université ouvrière où elle rencontre son futur époux Georges Dudach (1914-1942). De 1930 à 1934, elle travaille avec Henri Lefebvre (universitaire marxiste, philosophe et sociologue) et côtoie Georges Politzer et Paul Nizan. En 1934, elle adhère à la Jeunesse communiste (mais n’entrera jamais au Parti communiste), puis en 1936 aux Jeunes Filles de France.

En 1937, à la suite d’un entretien pour Les Cahiers de la Jeunesse (journal communiste), Louis Jouvet l’engage. Pendant quatre ans, elle prend les leçons du Conservatoire en sténographie. En 1941, elle le suit à Buenos Aires pour une tournée théâtrale. Mais lorsqu’elle y apprend l’exécution d’un ami, Jacques Woog, par le régime de Vichy, elle rentre à Paris et rejoint son mari dans la Résistance au sein du groupe Politzer. Tous deux sont arrêtés en 1942 ; lui est exécuté, le 23 mai, au mont Valérien avec les membres du groupe Politzer ; elle est déportée à Auschwitz en janvier 1943, avec deux cent vingt-neuf autres femmes (la moitié sont communistes) qui, pour la plupart, étaient dans la Résistance. Quarante-neuf sont revenues. Au cours de ces mois de déportation elle parle poésie à ses compagnes, leur raconte les pièces qu’elle a vues travailler au Conservatoire, car « le plus grand recours, c’est de parler. C’est ça qui sauve » (LExpress, 14 févr. 1966).

En janvier 1944, Charlotte Delbo est envoyée dans un camp annexe de Birkenau, Rajsko. Les conditions, moins dures, lui permettent de faire du théâtre avec ses camarades. Le camp de Ravensbrück, où elle avait été transférée par la suite, est libéré par la Croix-Rouge internationale le 23 avril 1945. Après un court repos en Suède, elle revient à Paris et, dès 1946, s’engage dans les associations d’anciennes déportées. Elle retourne au Conservatoire, mais son état de santé l’oblige à aller se soigner en Suisse. À son retour, engagée à l’O.N.U., elle accomplit des missions dans les Balkans, en Palestine et en U.R.S.S. En 1960, elle devient l’assistante de Henri Lefebvre au C.N.R.S. jusqu’à sa retraite (1978).

Le recueil de textes Les Belles Lettres, publié en 1961 pour protester contre la guerre d’Algérie, marque à la fois son entrée officielle dans la littérature et le mode sur lequel elle s’engage, liant irréductiblement ses engagements éthiques à une esthétique qu’elle élabore progressivement. Ainsi, elle a attendu vingt ans pour publier Aucun de nous ne reviendra, écrit en 1945, pensant que seuls les témoignages dotés d’une qualité littéraire résisteraient à l’épreuve du temps. Cet ouvrage constitue le premier tome de la trilogie d’Auschwitz et après, les deux autres étant Une connaissance inutile (1970) et Mesure de nos jours (1971).

Avec Le Convoi du 24 janvier (1965), enquête sociologique sur chacune des femmes présente dans le convoi, la trilogie permet de saisir aussi bien l’horreur de la barbarie que l’extraordinaire solidarité des déportées qui se soutiennent dans la détermination d’un acte à accomplir : revenir pour porter ce qu’elles ont vécu à la connaissance du monde.

Dès ses premiers écrits, Charlotte Delbo subvertit les frontières établies entre les genres littéraires. Sa recherche formelle, marquée par son parcours avec Jouvet, la conduit vers une écriture non pas seulement à lire, mais à dire et à entendre. L’ouvrage Spectres mes compagnons (1977), présenté comme une lettre écrite à Jouvet en 1951, prolonge leur dialogue sur les rapports que théâtre et roman entretiennent avec la réalité et la vérité.

Charlotte Delbo choisit progressivement le théâtre et la poésie pour rendre compte et re-présenter (étymologiquement, présenter une deuxième fois) l’irreprésentable d’Auschwitz : Qui rapportera ces paroles ? (1966), Et toi, comment as-tu fait ? (1971) sont les réécritures de Aucun de nous ne reviendra et Mesure de nos jours. Ces textes, ainsi que Ceux qui avaient choisi  dont sera extrait Une scène jouée dans la mémoire –, Les Hommes, Kalavrita des mille Antigone, et La Mémoire et les jours (recueil de textes poétiques posthume paru en 1985) portent également la trace de la séparation brutale [...]

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Écrit par :

  • : professeure des Universités, directrice du master d'études théatrales (université Rennes 2), directrice des relations internationales pour la filière théâtre, codirectice de la collection Le Spectaculaire aux Presses universitaires de Rennes

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Pour citer l’article

Christiane PAGE, « DELBO CHARLOTTE - (1913-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charlotte-delbo/