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CARMONTELLE LOUIS CARROGIS dit (1717-1806)

Si la réputation de Carmontelle a été grande de son temps et l'est restée encore de nos jours, c'est plus comme chroniqueur ou mémorialiste qu'on l'apprécie que comme artiste à proprement parler. Nul n'a mieux défini ce génie original que Grimm : « Il a le talent de saisir singulièrement l'air, le maintien, l'esprit de la figure. Il m'arrive chaque jour de reconnaître des gens que je n'ai vus qu'en ces recueils. Ces portraits tout en pied se font en deux heures de temps avec une facilité surprenante. »

Né dans une famille modeste, Carmontelle commença par servir à l'armée comme dessinateur topographe ; son métier, qui n'est pas celui d'un peintre, se ressentira toujours de cette pratique du relevé militaire. Attaché à partir de 1763 au duc d'Orléans dans un emploi subalterne, il se trouva pourtant placé de manière à pouvoir observer quotidiennement la meilleure société, et c'est alors probablement qu'il adopta ce nom de Carmontelle sous lequel il est resté célèbre. Amuseur des Grands et dilettante (il dessine les jardins de Monceau), il est aussi l'auteur de comédies légères (les Proverbes).

Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang Amadeus et Maria Anna, Carmontelle - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang Amadeus et Maria Anna, Carmontelle

La technique de Carmontelle est assez rudimentaire : ce sont des dessins où une ligne cerne les contours avec sécheresse, sans que le trait s'émancipe jamais de l'observation la plus froide. Vus presque toujours de profil, les personnages sont figés dans leurs gestes et dans leur expression de telle sorte qu'ils ressemblent à des marionnettes ; l'aquarelle est passée, sans qu'il y ait plus de liberté dans le maniement du pinceau que dans celui du crayon. Mais les attitudes, les costumes, les coiffures sont notés avec tant d'exactitude qu'il se dégage de ces fragiles silhouettes un air de vérité captivant ; regardons un instant l'aquarelle qui représente le thé de la marquise de Montesson (1773, musée Carnavalet) : les dames sont assises droites sur leurs sièges, émergeant du bouillonnement de leurs robes à paniers qui les écartent des dossiers, la tête supportant un échafaudage encombrant de boucles et de plumes ; un caricaturiste italien à la Ghezzi y aurait peut-être mis plus de verve burlesque, mais moins de justesse malicieuse.

— Georges BRUNEL

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang Amadeus et Maria Anna, Carmontelle - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang Amadeus et Maria Anna, Carmontelle

Autres références

  • JARDINS - Esthétique et philosophie

    • Écrit par Catherine CHOMARAT-RUIZ
    • 3 586 mots
    De nouveau liés, jardin et esthétique retrouvent la philosophie. Louis de Carmontelle agence le jardin de Monceau et fait « voir en réalité », grâce aux fabriques, « ce que les plus habiles peintres pourraient y offrir en décoration : tous les temps et tous les lieux » (Le Jardin de Monceau...
  • PROVERBE DRAMATIQUE

    • Écrit par Hélène LACAS
    • 868 mots

    Plutôt qu'un genre littéraire, le proverbe est, à l'origine, un divertissement de salon dont la naissance a été favorisée par la brillante vie mondaine de la fin du règne de Louis XIII. C'est « une scène en plusieurs scènes qu'on écrivait ou que souvent on improvisait entre soi sur un...

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