CASSOLA CARLO (1917-1987)

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à Rome, licencié en droit, Carlo Cassola a vécu en Toscane, le pays de sa mère, à Grosseto en particulier, où il a enseigné pendant plusieurs années. De son attachement à cette région témoigne le fait qu'elle constitue le cadre de presque toute son œuvre narrative. Son premier roman, écrit en 1949, Fausto e Anna (trad. franç. 1961), sort en 1952, un an après l'enquête de la R.A.I. sur la vitalité du néoréalisme. Il apparaît à la fois comme une réponse et comme le signe que le courant néo-réaliste commence à décliner. Les événements historiques (luttes partisanes dans la zone de Volterra où l'auteur a été lui-même résistant) n'y sont plus que le décor d'une histoire d'amour, elle-même ténue et réduite à l'incompatibilité de caractère entre deux jeunes gens. La représentation des sentiments prévaut : déception, tristesse, solitude remplissent les journées, par-delà les contingences historiques. Le récit s'attache à rapporter les menus détails moins pour retrouver le sens des choses que pour susciter leur présence. La poétique de Cassola se fonde en effet sur la notion de subliminaire, cette réalité qui demeure sous le seuil de la conscience pratique et coïncide avec le fait brut d'exister. Dépouillé de ses attributs idéologiques, éthiques ou psychologiques, l'objet dissout le concret de l'histoire. C'est le réel qui est confronté à l'écriture et non l'inverse.

Autre roman d'amour, inspiré d'un fait divers, dans le climat trouble de l'immédiat après-guerre, La Ragazza di Bube, prix Strega 1960 (trad. franç. La Regazza, 1962). Une plus grande fusion des éléments individuels et historiques, une composition plus harmonieuse servent une représentation qui « surprend » le donné, enregistre les fragments quotidiens, insignifiants de la vie, telles des pulsations existentielles. En même temps, elles explicitent une causalité pessimiste et moralisatrice qui a pu faire considérer Cassola comme un écrivain édifiant. Amour, faute, expiation, endurance sont les étapes de l'itinéraire de la jeune paysanne, héroïne au sens fort du mot. La douleur, inéluctable, appelle la résignation et ne possède que le devoir et la solidarité comme antidotes. Caractère et moralité ne font qu'un.

L'ascèse vers la solitude envisagée comme moyen de récupérer son être caractérise Un cuore arido, 1961 (Un cœur aride, trad. franç. 1964). Cassola abandonne ici les thèmes politiques qui étaient présents également dans quelques récits antérieurs (Baba, écrit en 1946 ; I Vecchi compagni, 1953). Il revient à la veine intimiste et lyrique qui nous avait déjà valu les recueils de nouvelles Alla periferia (1942), La Visita (1942) et le remarquable Il Taglio del bosco, paru dans la revue Paragone en décembre 1950 et publié en volume en 1954 (La Coupe du bois, trad. franç. 1963), évocation de la sourde et stagnante souffrance dans laquelle est enfermé un jeune veuf. Sans doute une expérience autobiographique a-t-elle contribué à l'imprégnation pessimiste de ce court roman. S'y ajoute l'amour pour cette terre toscane et les gens qui l'habitent : bûcherons, mineurs, ou encore représentants de la toute petite bourgeoisie rurale. Nombre des personnages de Cassola appartiennent à ces souches sociales vouées à l'extinction ; ils incarnent un monde idéalisé où règnent la dignité dans la misère, la solidarité spontanée, le bonheur d'une condition humaine proche de la nature. Cassola publiera d'ailleurs en 1956 une enquête qu'il a menée en collaboration avec L. Bianciardi sur I Minatori della Maremma. Après la phase de la littérature attentive à l'histoire récente, sinon engagée, l'écriture tend de plus en plus au pur récit. Thématique décharnée, dilatation des faits anodins, la poétique du subliminaire conduit à un objectivisme descriptif qui rappelle les fonografie du début du siècle pratiquées par cet autre Toscan, Ildefonso Nieri. De façon programmatique, Cassola entreprend de réécrire en les amplifiant ses premiers récits de La Visita. Ainsi en ira-t-il pour Il Cacciatore, 1964 (Le Chasseur, trad. franç. 1966), Tempi memorabili, 1966 (Jours mémorables, précédé de Fiorella, trad. franç. 1969), Storia di Ada (1967), Ferrovia locale (1968), Paura e tristezza (1970). Même lorsqu'il ne s'agit pas de véritables remaniements, on assiste à un retour à l'inspiration première. La narration se fait seulement plus lente avant de s'accélérer dans les dernières pages. Par la suite, les romans vont se succéder ponctuellement à un rythme annuel : Monte Mario (1973), Gisella (1974), T [...]

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Giuditta ISOTTI-ROSOWSKY, « CASSOLA CARLO - (1917-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carlo-cassola/