BELLMAN CARL MICHAEL (1740-1795)

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C'est dans un milieu aristocratique et aisé de Stockholm, que se déroule l'enfance de Carl auprès d'un père fonctionnaire et d'une mère, fille d'un pasteur de Stockholm. Des savants et des aristocrates fréquentent la maison des Bellman. Une bonne instruction est donnée à domicile à Carl Michael par des précepteurs qui mettent l'accent sur l'étude des langues. Il apprend à « manier la lyre d'Apollon », s'exerce à traduire des psaumes et des écrits édifiants. Engagé à l'essai à dix-sept ans par la Banque d'État, il abandonne ce poste au bout d'une année, pour s'inscrire à l'université d'Uppsala, mais le reprend quelques mois plus tard. Se livrant à une vie de plaisirs, il s'endette rapidement et doit s'enfuir en Norvège pour échapper à ses créanciers. Ce sera son seul voyage à l'étranger. Bientôt revenu sous sauf-conduit dans son pays, il est engagé par une administration, puis par la Direction générale des douanes.

On date de 1764 les premières chansons de Bellman. Au début de sa carrière littéraire, il brosse des tableaux de la vie populaire, écrit des satires et des parodies de la Bible. C'est avec les chansons à boire qu'il donne ses premières grandes contributions poétiques. Il s'inspire de la littérature suédoise du xviie siècle, des traditions allemandes, mais surtout de la chanson française qu'il connaît par des acteurs et des artistes français vivant à Stockholm. Pour la musique proprement dite, il puise à des sources très diverses, mais particulièrement aux vaudevilles et aux opérettes de Vadé, de Favart, de Collé, de Piron et de Panard. Ces larcins lui permettent d'instituer un contraste comique entre la musique et le texte. Il déploie dans l'exécution de ses œuvres de grands talents d'imitateur : selon des témoignages de l'époque, il contrefait à merveille à l'aide de sa voie ou d'appareils divers les sons des instruments et les cris d'animaux.

Quand Bellman introduit en Suède la parodie de la Bible, il n'existe que de très sérieuses chansons bibliques. C'est à l'Ancien Testament et particulièrement aux livres apocryphes que l'artiste emprunte ses figures et ses motifs, bien que les tournures de phrases soient souvent tirées des Épîtres de saint Paul. Le Temple de Bacchus recueille des parodies de confréries. Cette œuvre fut vraisemblablement achevée en 1766, mais ne fut imprimée qu'en 1783. On y discerne l'influence de l'opéra-comique, notamment dans les mélodies et dans la technique du duo.

Les Épîtres de Fredman ne sont publiées qu'en 1790 (cinq ans avant la mort de leur auteur) avec un avant-propos de Kellgren, arbitre du goût littéraire de l'époque. Projetée depuis une vingtaine d'années, cette publication avait été retardée par des difficultés financières. Les Épîtres ne forment pas une véritable unité. Si la différence est sensible entre les plus anciennes et les plus récentes, c'est que vingt-trois ans les séparent ; les dernières, qui demeurent burlesques, sont plus raffinées. Cette évolution s'explique par les événements intervenus dans la vie de Bellman. Ses chansons, et ses improvisations étant du goût du roi, le poète était régulièrement invité au château royal. En 1776, il avait reçu le titre de secrétaire de la Cour, puis celui de secrétaire de la Loterie, sinécure qui lui convenait à merveille. L'année suivante, la situation financière du poète, qui entre-temps avait pris femme, étant devenue plus difficile, l'obligeait à exécuter des poèmes sur commande. Mais la grande raison du changement de style poétique tient sans doute aux critiques que lui adresse Kellgren, dans sa satire : Mes rires (1778).

Les Épîtres ont pour cadre Stockholm ou ses environs. Les personnages sont les mêmes dans tout le recueil, à commencer par le personnage central, Fredman. Plus exactement, ce sont les noms qui sont les mêmes, car les personnages changent, s'affinent peu à peu. Dans les dernières épîtres, les sujets, le décor, le style, bien que plus idylliques, restent burlesques. Cette poésie chante Vénus et Bacchus avec une fièvre qu'attise l'effroi devant la mort. La joie de vivre en constitue le thème central. Le style, riche en notations concrètes, est cependant presque impressionniste. La lumière et les couleurs, les mouvements et les costumes sont décrits avec précision, mais les visages seulement esquissés. Bellman excelle dans l'art de l'allusion ; en quelques touches rapides et légères, il brosse un portrait. Fredman, l'alter ego du poète, est un horloger qui sombre peu à peu dans l'ivrognerie et la déchéance. Le poète le fait mourir en 1767. Parmi les autres personnages se trouvent des artisans, des petits bourgeois et des ouvriers. L'univers des Épîtres est un univers où la misère et l'ivrognerie font des ravages, mais où personne n'est ni voleur ni criminel, ni jamais gravement coupable. Un an après les Épîtres furent publiées les Chansons de Fredman (1791) qui rassemblent les plus anciennes chansons à boire, des parodies de la Bible et quelques-uns des chapitres lyriques du Temple de Bacchus.

À la fin de sa vie, Bellman souffre de maladie et connaît de graves difficultés économiques. Peu avant de mourir de tuberculose, Bellman écrit une pièce en un acte, l'Enregistrement, et quelques pages autobiographiques. En 1781, il avait fait ses débuts de prosateur dans le magazine Qu'y a-t-il pour votre service ? et s'était révélé déjà un écrivain original.

Ses compatriotes contemporains mais aussi les romantiques de tous les pays ont toujours apprécié Bellman. Sa popularité n'a jamais décliné depuis, bien que les raisons de cette estime aient varié, chaque époque lui empruntant ce qui lui convenait. Dans son avant-propos aux Épîtres, Kellgren propose déjà une interprétation préromantique de Bellman. Dans Chant du 5 avril (1836), Tegnér considère Bellman comme le créateur d'un chant « pour moitié inconscient, pour moitié réfléchi ». Atterbom, quant à lui, le voit comme un grand inspiré, bien que l'interprétation qu'il donne de lui dans Voyants et poètes suédois vienne nuancer ce jugement. Pour Levertin enfin, dans Figures suédoises, Bellman est un poète rococo et décadent. Aujourd'hui, on insiste sur la somme de travail fourni par lui et sur la culture immense qui habite discrètement son œuvre.

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Karin NORRSTRÖM, « BELLMAN CARL MICHAEL - (1740-1795) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carl-michael-bellman/