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CAHIERS DE DOUAI (A. Rimbaud) Fiche de lecture

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Arthur Rimbaud, É. Carjat - crédits : Bettmann/ Getty Images

Arthur Rimbaud, É. Carjat

Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud (1854-1891) désignent les deux liasses manuscrites que le lycéen d’à peine seize ans, après ses deux fugues et son séjour à Douai en septembre-octobre 1870, aurait confiées à Paul Demeny, poète et copropriétaire d’une maison d’édition parisienne, La Librairie Artistique. Cet échantillon de poèmes datant de mars à octobre 1870, sans titre générique, aurait été destiné à éblouir l’éventuel éditeur. Il comprend quinze poèmes transcrits sur dix-neuf feuillets et sept autres sur du papier à lettres d’un plus petit format. Dans une lettre du 10 juin 1871, Rimbaud demandera à Demeny de brûler tous ses vers. Appelé le « Recueil Demeny » ou « Cahiers de Douai », l’ensemble sera pourtant publié dans l’édition originale du Reliquaire de Rimbaud, parue à Paris, en novembre 1891 chez l’éditeur Léon Genonceaux, avec une préface de Rodolphe Darzens, puis en fac-similé par Albert Messein (1919).

Sur les routes

En janvier 1870, l’élève surdoué du collège de Charleville se lie d’amitié avec Georges Izambard, son nouveau professeur de rhétorique. Le 24 mai, il envoie une lettre avec trois poèmes à Théodore de Banville pour être publié dans LeParnassecontemporain. Au début de l’été, il aurait connu un début d’idylle avec une jeune fille (« Roman »). Le 19 juillet, la guerre avec la Prusse est déclarée. Craignant l’état de siège et confiant son ennui dans sa ville de province, le poète en herbe annonce à Izambard son départ pour Paris. Il fugue le 29 août, est arrêté le 31 à la gare du Nord et incarcéré dans la maison cellulaire de Mazas. Izambard le fait libérer et venir à Douai chez ses tantes, les sœurs Gindre, vers le 8 septembre ; il rencontre Paul Demeny pour qui il recopie ses premiers poèmes. Sous la menace de sa mère et sur les conseils d’Izambard, le fugueur revient au domicile familial mais reprend la route dès octobre 1870, en passant par Charleroi (« Au Cabaret-Vert ») ; de retour chez les sœurs Gindre, le « bohémien » ajoute plusieurs sonnets inspirés par ses récents vagabondages à la liasse manuscrite qu’il confie à Paul Demeny.

Les Cahiers de Douai ont été composés dans une période de grands bouleversements politiques et sociaux : la guerre contre la Prusse déclarée par l’empereur Napoléon III, la fin du Second Empire et la proclamation de la IIIe République (le 4 septembre) avant l’insurrection de la Commune. Avec l’essor du capitalisme industriel, la bourgeoisie s’enrichit, et le peuple connaît la misère. Sur le plan littéraire, les maîtres du Parnasse (Théophile Gautier et Théodore de Banville) prônent le travail sur la forme, s’opposant, comme les romanciers réalistes et naturalistes, au romantisme.

La perfection formelle préside à l’écriture de ces vingt-deux poèmes (dont douze sonnets) classés en partie chronologiquement, avec en tête, quinze d’entre eux composés avant l’été 1870 à Charleville, puis sept durant les deux fugues de Rimbaud. La plupart sont écrits en alexandrins. Cette rigueur classique est cependant brisée par de nombreux rejets, contre-rejets et enjambements, ainsi que par la fantaisie de rimes provocantes et des libertés d’écriture dans les sonnets ; le lyrisme est ébranlé par la verdeur de la langue et l’insolence des thèmes.

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Écrit par

  • : professeur agrégé, docteur en littérature française, écrivain

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Pour citer cet article

Yves LECLAIR. CAHIERS DE DOUAI (A. Rimbaud) - Fiche de lecture [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 07/12/2023

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Arthur Rimbaud, É. Carjat - crédits : Bettmann/ Getty Images

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