AQUINO BENIGNO (1932-1983)

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Benigno Aquino, principale figure d'opposition au régime autoritaire du président philippin Ferdinand Marcos, représentait un véritable défi pour l'équipe au pouvoir, par sa jeunesse, ses talents d'orateur et sa réputation de justicier intègre — défi d'autant plus intolérable qu'il aurait été un successeur acceptable pour Washington. Dans un pays où, traditionnellement, les rivalités des clans et de leurs champions constituent l'essentiel du jeu politique, il était fatal que son ambition l'opposât un jour à Marcos. À l'exemple de Bernardo Carpio, héros légendaire du théâtre philippin, toujours occupé à combattre le « mauvais » roi, Aquino se dressait à chaque acte sur la route du souverain. Poursuivant un cursus similaire sur bien des points, les deux hommes se comportaient en véritables frères ennemis, engagés dans une compétition féroce mais se respectant mutuellement.

Le prestige d'Aquino lui venait d'abord de son extrême précocité. À dix-sept ans, il se distinguait déjà comme correspondant de guerre en Corée pour le Manila Times. À vingt-deux ans, il devenait le plus jeune maire de l'archipel en se faisant élire dans sa ville natale de Concepción, au centre de Luzon. Grâce à son mariage avec Corazon Cojuangco (Cory Aquino sera présidente des Philippines de 1986 à 1992), il put compter sur l'appui de cette très puissante famille de propriétaires terriens pour conquérir le siège de gouverneur de sa province de Tarlac, à vingt-huit ans à peine. Entre-temps, il avait réussi à négocier pour le président Magsaysay la reddition du redoutable Luis Taruc, chef du soulèvement paysan Huk qui mobilisait les campagnes de la région depuis la fin de la guerre. En 1967, juste avant d'atteindre trente-cinq ans, il fut élu sénateur, le plus jeune de toute l'histoire philippine. Très rapidement, il réussit à s'imposer auprès de ses pairs au Sénat et devint l'un des responsables du Parti libéral. On le considéra bientôt comme le successeur probable de Marcos à la présidence de la République. Constamment réélu depuis 1965, ce dernier ne pourrait plus, selon la Constitution, briguer [...]


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Écrit par :

  • : docteur en histoire et civilisations, École des hautes études en sciences sociales

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AQUINO CORAZON (1933-2009)

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  • Universalis
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Présidente des Philippines de 1986 à 1992, Corazon Aquino restera dans l’histoire de son pays comme celle qui a mis à bas, sans violence, le régime dictatorial et corrompu de Ferdinand Marcos. Maria Corazon Cojuangco naît le 25 janvier 1933 à Manille dans une famille fortunée et politiquement en vue, originaire de la province de Tarlac, au nord de Manille. Diplômée en 1954 du Mount Saint Vincent […] Lire la suite

PHILIPPINES

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Les derniers événements

9 mai 2016 • Philippines • Élection de Rodrigo Duterte à la présidence.

libéral sortant Benigno Aquino ne pouvait se représenter. Maire de Davao, principale ville de l’île de Mindanao, Rodrigo Duterte est connu pour avoir mis en place une police municipale aux méthodes expéditives. Aux élections législatives qui se déroulent le même jour, le Parti libéral remporte 41,7 p [...] Lire la suite

27 mars 2014 • Philippines • Accord de paix entre le gouvernement et les rebelles musulmans.

Le 27, le président Benigno Aquino et Mourad Ebrahim, chef du Front moro islamique de libération, principal mouvement séparatiste musulman du sud de l'archipel, signent un accord de paix. Celui-ci prévoit le désarmement des rebelles en échange d'une autonomie de la région de Bangsamoro, située [...] Lire la suite

13 mai 2013 • Philippines • Victoire du parti au pouvoir aux élections législatives.

Le 13, la coalition du Parti libéral (social libéral) de Feliciano Belmonte, qui regroupe les partisans du président Benigno Aquino, remporte les élections législatives, avec 39 p. 100 des suffrages et 112 sièges sur 234. La Coalition populaire nationaliste (conservateur) de Mark L. Mendoza [...] Lire la suite

7 octobre 2012 • Philippines • Conclusion d'un accord avec les séparatistes musulmans de Mindanao.

Le président Benigno Aquino annonce la conclusion d'un accord-cadre avec le Front Moro islamique de libération, un groupe séparatiste armé musulman actif dans l'île de Mindanao, dans le sud de l'archipel. L'accord, qui doit être soumis à référendum, prévoit la création d'une entité semi-autonome à [...] Lire la suite

10 mai 2010 • Philippines • Élection de Benigno Aquino à la présidence.

Le 10, Benigno Aquino, fils du chef de l'opposition à la dictature de Ferdinand Marcos, assassiné en 1983, et de l'ancienne présidente Corazon Aquino, remporte l'élection présidentielle à un seul tour et à la majorité simple, avec environ 42 p. 100 des suffrages. Son principal adversaire, l'ancien [...] Lire la suite

7-26 février 1986 • Philippines • Élection présidentielle et retour à la démocratie

Le 7, après une campagne électorale très animée, 26 millions d'électeurs sont appelés à départager le président Ferdinand Marcos, au pouvoir depuis vingt ans, et Corazón Aquino, candidate de l'opposition modérée et veuve du sénateur Benigno Aquino, assassiné en août 1983. L'armée, placée en état [...] Lire la suite

2-11 décembre 1985 • Philippines • Acquittement des militaires jugés pour le meurtre de Benigno Aquino, et candidature de Corazon Aquino à l'élection présidentielle

Le 2, le général Fabian Ver, chef d'état-major des armées, inculpé en janvier pour le meurtre du sénateur Benigno Aquino, tué en août 1983 à son retour des États-Unis, ainsi que ses vingt-cinq co-accusés, tous militaires sauf un, sont acquittés. Le tribunal spécial créé pour les juger a confirmé [...] Lire la suite

22 février 1985 • Philippines • Procès de militaires pour le meurtre de Benigno Aquino

Devant un tribunal de Manille s'ouvre le procès des vingt-six personnes (vingt-cinq militaires et un civil) accusées d'être impliquées dans l'assassinat de Benigno Aquino, principal dirigeant de l'opposition, le 21 août 1983, à son retour d'exil des États-Unis. Après le dépôt, en octobre 1984 [...] Lire la suite

23-24 octobre 1984 • Philippines • Conclusions de la commission d'enquête sur le meurtre de Benigno Aquino

Le 23, la commission d'enquête sur l'assassinat du chef de l'opposition Benigno Aquino, commis le 21 août 1983, conclut à un complot militaire ; toutefois, la présidente de la commission Corajon Agrava est en désaccord avec les quatre autres membres de cette commission sur l'étendue [...] Lire la suite

Pour citer l’article

Paul BURG, « AQUINO BENIGNO - (1932-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/benigno-aquino/