BABYLONE (Y. Reza)Fiche de lecture

Depuis la célèbre pièce Art, créée par Patrice Kerbrat en 1994 et régulièrement montée sur les scènes internationales, de nombreux créateurs se sont succédé pour mettre en scène l’œuvre théâtrale de Yasmina Reza : Luc Bondy pour Une pièce espagnole ; Thomas Ostermeier pour Bella Figura – spectacle que l’auteur a prévu de monter à son tour en 2017, comme elle l’a fait pour Le Dieu du carnage, en 2008, et Comment vous racontez la partie, en 2014.

Si l’écriture et la mise en scène de sa propre dramaturgie l’engagent au premier chef, Yasmina Reza compose en parallèle une œuvre romanesque dont le ton libre et facétieux évoque avec tendresse – mêlant esprit moqueur et pointes sarcastiques – des existences minuscules ou vouées à la solitude. Et ce sont les souvenirs autobiographiques d’Hammerklavier (1997) ; les vociférations paternelles rudes et tendres, adressées à un fils aux projets restreints, d’Une désolation (1999) ; le regard implacable porté sur des temps décevants d’Adam Haberberg (2002) ; les confidences amusées des désenchantés de Heureux les heureux (2013).

Une fête de printemps

Dans Babylone (prix Renaudot 2016, Flammarion), le récit d’Elisabeth Jauze, une femme d’une soixantaine d’années, s’attache à décrire un couple de voisins de son immeuble de Deuil-l’Alouette, Jean-Lino Manoscrivi et sa femme Lydie, installés au quatrième étage, au-dessus de l’appartement qu’occupent la narratrice et son mari. Les voisins du haut, dans la lumière de l’intrigue, apparaissent à la fois banals et disparates : l’un est réservé, et l’autre, cheveux flamboyants et robes colorées, est « un genre de thérapeute new age ».

En un leitmotiv éclairant le cours des événements, la narratrice revient sur sa fête de printemps qu’elle a organisée pour ses proches, empruntant des chaises aux voisins qui du même coup se trouvent invités alors qu’ils se croyaient un peu méprisés : Jean-Lino travaille dans l’électroménager tandis qu’Elisabeth est « ingénieur Brevets » à l’Institut Pasteur. Préparée avec fébrilité, la soirée, plutôt réussie, se révélera tragique pour le couple du dessus, une fois rentré chez lui : « Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable. Aucune ombre furtive ne passe avec sa faux. »

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Écrit par :

  • : enseignante en lettres modernes, critique de théâtre, expert pour le théâtre auprès de la Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France

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Véronique HOTTE, « BABYLONE (Y. Reza) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/babylone-y-reza/