ASPECT, linguistique

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'aspect est une catégorie verbale fondamentale, représentée dans toutes les langues, mais de façon diverse, car souvent combinée au temps, au mode, à la voix.

Langage et activité humaine. Le langage fait écho aux préoccupations de l'être humain dans le monde. En nous et autour de nous, nous constatons des états (bien-être, faim, bon ou mauvais fonctionnement d'un appareil technique) et des changements d'état ou processus, soit indépendants de nous (le ciel se couvre), soit volontaires (cuire des aliments). L'effort de l'homme a toujours été d'améliorer sa condition en visant des résultats à travers des processus volontaires.

Opposition aspectuelle fondamentale. Elle se manifeste en situation, au niveau du processus transformatif volontaire. En face d'un état (« chaud », ou « froid »), le processus (« chauffer ») se scinde aspectuellement en un inaccompli (« je fais chauffer le dîner ») et un accompli (« voilà, j'ai fait chauffer le dîner »). Au-delà est atteint l'état résultant (« chauffé »). Notons que l'état et l'inaccompli sont envisagés sans considération de terme, et qu'au contraire l'accompli et le résultat ne se conçoivent qu'en liaison avec le franchissement d'un terme. La relation dialectique de l'homme avec le monde se reflète dans la tension entre l'effort (inaccompli) et le résultat visé. Il existe d'autres types de processus : affectant le sujet (se laver), non volontaires (vieillir), et on peut même parler de processus non transformatifs (chanter, cf. Aspect inhérent).

Aspect inhérent. L'aspect inhérent de chaque verbe, ou mode de procès (allemand : Aktionsart), modifie la caractérisation aspectuelle, notamment dans les verbes sans terme naturel : états, et ce qu'on peut appeler processus non transformatifs. Les états (savoir, être malade, bouillir) sont essentiellement non transformatifs, non volontaires, et conçus sans terme. En français, ils apparaissent normalement à l'inaccompli (« je sais »), et ne peuvent guère avoir d'accompli situationnel (on ne dit pas : « c'est fait, j'ai été malade » pour « je suis tombé malade ») ; leur accompli prend des valeurs spéciales : entrée dans l'état (« j'ai su » = « j'ai appris »), fait passé global, « aoristique » (« j'ai été malade », cf. Neutralisation aspectuelle). En sémitique, vu les affinités entre l'état résultant, lié à l'accompli, et l'état, c'est au contraire à l'accompli que sont en général exprimés les états. Les processus non transformatifs (lire, chanter, marcher, porter, suivre), eux aussi dénués de terme, sont en revanche volontaires. Que ce caractère vienne à manquer, et on retombe sur l'état (« la route suit la rivière »). Notons enfin que la préfixation impose souvent un terme aux verbes qui n'en avaient pas (courir / accourir, porter / apporter, emporter).

Neutralisation aspectuelle. L'aspect n'est défini que si on peut mettre en rapport un terme (initial ou final) et un repère situationnel. À l'inaccompli, le repère est intérieur aux termes, à l'accompli il est postérieur à un terme. Le repère peut être translaté (« je cours » ⇌ « je courais »). Faute de terme ou de repère, l'opposition dialectique entre les aspects ne peut se réaliser, et on obtient une valeur aoristique (grec : « non déterminé »). L'action est alors vue comme un fait global. Quelques exemples :

l'infinitif des recettes et consignes, le présent des vérités générales et des proverbes ;

certains accomplis des verbes sans terme naturel (cf. Aspect inhérent) ;

les expressions « performatives » (ex. « je jure »), où, selon le mot d'Austin, « dire, c'est faire », accomplir un acte ;

enfin les accomplis du récit (français : passé simple et passé composé), par lesquels les événements se repèrent non en situation (« voilà »), mais les uns par rapport aux autres dans leur successivité (« et puis »).

Renouvellement de l'aspect. L'expression de l'aspect se renouvelle historiquement, en liaison avec les caractéristiques aspectuelles fondamentales : situation, volonté du sujet, terminativité :

mise en situation : les participes, associés aux auxiliaires d'état « être » et « avoir », relient l'action à une situation-repère. « J'ai écrit la lettre », formé avec le participe d'état résultant (cf. « la lettre est écrite »), renouvelle l'ancien accompli « j'écrivis », réservé désormais aux valeurs narratives. En anglais, I am writing, avec le participe d'activité, renouvelle le présent ancien I write ;

expressivité : en russe, en berbère, en éthiopien, l'inaccompli est renouvelé à l'aide de formes inte [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  ASPECT, linguistique  » est également traité dans :

LANGUES TYPOLOGIE DES

  • Écrit par 
  • Loïc DEPECKER
  •  • 8 357 mots

Dans le chapitre « Sujet et objet »  : […] Les outils méthodologiques utilisés pour la description des langues offrent souvent, et d'autant plus quand ils sont appliqués à des langues particulières de nature très différente, des zones de flou et certaines ambiguïtés. Si l'on prend quelques grandes notions traditionnelles d'analyse des énoncés, on parlera, du point de vue de la syntaxe, de sujet et d' objet  : le « sujet » tend à référe […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jacques BOULLE, « ASPECT, linguistique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aspect-linguistique/