CHEDID ANDRÉE (1920-2011)

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Andrée A. Saab naît le 20 mars 1920 au Caire et se forme à l'université américaine de cette ville jusqu'en 1942. Elle se marie alors avec Louis-Antoine Chedid au Liban avant de s'installer à Paris, en 1946. Décédée le 6 février 2011, elle est inhumée au cimetière Montparnasse. « Le corps s'en va, le cœur séjourne », cette citation de Chrétien de Troyes est inscrite sur sa tombe. Son fils, Louis et son petit-fils, Mathieu, M, sont chanteurs. Sa fille, Michèle Chedid-Koltz, est peintre. Avec son mari, elle a publié Le cœur demeure (1999) et un récit en miroir, Babel, fable ou métaphore (2002).

Au Caire, Andrée Chedid se lance en poésie avec un premier recueil en anglais, On the Trails of My Fancy (1943), et se produit au théâtre en jouant dans quelques pièces. Trois histoires littéraires – égyptienne, libanaise et française – revendiquent l'œuvre de cet écrivain majeur du xxe siècle.

Andrée Chedid

Photographie : Andrée Chedid

Andrée Chedid est l'auteur d'une œuvre multiforme qui fait la part belle aux mythes. 

Crédits : L. Monier

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Ses dix premières années de création sont consacrées à la poésie et au roman. En soixante ans, Andrée Chedid va offrir à la littérature en langue française – la langue qu'elle s'est choisie – une œuvre riche et variée, d'une densité remarquable. Plébiscitée par le public bien avant de l'être par les institutions, elle l'a construite loin des succès faciles, s'obstinant dans une voie à la fois classique et innovante à travers un nombre de titres impressionnant.

Sa marque est son double ancrage, oriental et occidental : par la matière de ses fictions et, plus subtilement, dans la poésie. Andrée Chedid manifeste un humanisme sans mollesse, dénonçant la violence et la guerre et recherchant l'humain sous tous les visages du monde dans un hymne à l'altérité. Rarement un écrivain aura mené à bien cette alliance avec autant de doigté et d'authenticité. Son écriture, dans ses différentes déclinaisons génériques, privilégie l'enfance comme terre première et noyau de l'être. Si on ne saurait la qualifier de féministe – elle se moquait des étiquettes –, elle n'en est pas moins un écrivain du féminin ; femmes en mouvement et en marche, ses héroïnes avancent, comme l'écriture de leur créatrice, d'un pas dansant ou précautionneux mais toujours décidé, face aux entraves du monde.

Andrée Chedid est avant tout poète : son écriture ciselée en témoigne. Après Textes pour une figure (1948) suivent, de 1950 à 1965, huit recueils d'une grande densité et sobriété, publiés chez Guy Lévis Mano. Éditée ensuite par Flammarion, l'écrivain poursuit son exploration du sens de la vie et de la mort (Cérémonial de la violence et Fraternité de la parole, 1976). Son dernier recueil, en 2010, sera L'Étoffe de l'univers.

Devenue une voix poétique prenante, Andrée Chedid est révélée par le roman au grand public. Le Sommeil délivré (1952) est représentatif de ses thèmes de prédilection : le monde observé d'un point de vue féminin, la société et ses différences, la violence maîtrisée, l'amour et sa complexité. Douze romans paraissent ensuite, qui seront tous réédités. Publié en 1960, Le Sixième Jour est adapté au cinéma en 1986 par Youssef Chahine, avec Dalida dans le rôle d'Oum Hassan ; La Cité fertile (1972) invite à une découverte inédite de Paris où la Seine et le Nil se confondent. En 1981, Les Marches de sable remontent au ive siècle pour questionner l'intolérance et l'ascétisme. D'autres interrogations sur la guerre et le désir d'une humanité commune se poursuivent avec La Maison sans racines (1985), L'Enfant multiple (1989), Le Message (2000), né d'une nouvelle antérieure. Car Andrée Chedid, comme de nombreux poètes, est aussi une nouvelliste affirmée. Ses recueils, édités et réédités, sont souvent sélectionnés pour la littérature de jeunesse, illustrés et adaptés à la scène, traduits en arabe : ainsi, en 1988, Mondes, miroirs, magies. Les Quatre Morts de Jean de Dieu, son dernier roman, paraît en 2010.

Andrée Chedid, trop souvent cantonnée à la littérature de jeunesse, a eu conscience que cette catégorisation avait pour effet de réduire son intention créatrice. Certaines de ses créations sont explicitement tournées vers ce public : Fêtes et lubies (1973) ou le très beau conte L'Étrange Mariée (1983) donnent la mesure de ses références, de son humour, de son impertinence et de l'exact regard qu'elle a su porter sur la vie.

Le théâtre a toujours exercé son attraction sur elle. Dès 1968, elle publiait Bérénice d'Égypte ; six pièces ont suivi. Des romans ou nouvelles ont été mis en scène et on ne compte plus les récitals poétiques où sa voix s'est imposée.

Andrée Chedid est aussi l' [...]

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Pour citer l’article

Christiane CHAULET ACHOUR, « CHEDID ANDRÉE - (1920-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andree-chedid/