KIELLAND ALEXANDER (1849-1906)

Avec Henrik Ibsen, Bjørnstjerne Bjørnson et Jonas Lie, Alexander Kielland fait partie des quatre grands écrivains norvégiens qui ont définitivement contribué à faire entrer les littératures scandinaves dans le concert des lettres européennes. Originaire d'un milieu aisé de Stavanger, dans le sud de la Norvège, lui-même juriste et industriel, il finira vite par ne plus se consacrer qu'à sa véritable passion, la littérature. Qu'il traitera sur un ton et selon un coup d'œil quasi aristocratiques, d'une extrême élégance et avec un recours constant à l'ironie, caractères assez peu familiers, sans en être absents, aux lettres de son pays. Il savait le pouvoir de « la façon de dire sur les personnages et les destinées », et il savait aussi que le non-dit, « sans être tu cependant », est plus important que l'expression directe. Par là, son œuvre garde des traits remarquablement modernes qui justifieraient grandement une remise à l'honneur d'une œuvre qui, par nature, exige de multiples lectures. D'autant que Kielland demeure le grand maître de la nouvelle norvégienne avec ses Nouvellettes (1879 et 1880) qu'il rédigea, pour la plupart, à Paris. Il n'est pas, tant s'en faut, resté indifférent aux débats de son temps. Le roman Garman et Worse (1880) et sa suite, Capitaine Worse (1882) trouvent des accents ibséniens pour opposer les valeurs de l'individu aux impératifs de la morale traditionnelle, ou pour défendre les droits de la liberté contre la pression des classes sociales et des contraintes familiales. Ce diptyque entre donc dans le vaste procès « anti-bourgeois » que ses trois compatriotes nommés plus haut intentaient en même temps à la société de leur temps. À telle enseigne que Kielland finira par tourner au radicalisme politique, la fin de son œuvre s'en prenant, indifféremment, aux autorités traditionnelles (Marié, 1883) ou au christianisme populaire (La Fête de la Saint-Jean, 1886). Mais la postérité a préféré retenir, à juste titre, d'élégants récits tout en nuances (Else, 1881), où l'auteur sait garder vis-à-vis de son sujet une distance étonnante, étant donné l'époque de passions violentes où il vécut.

—  Régis BOYER

Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Dans le chapitre « Réalisme et naturalisme (1850-1890) »  : […] L'époque qui suit voit d'importants changements économiques et sociaux. Il en résulte de vives luttes politiques, paysans et classe moyenne fortement nationalistes s'opposant à une droite royaliste et unioniste. En 1884, la gauche accède au pouvoir et introduit le parlementarisme dans les mœurs. C'est aussi le moment où la Norvège s'ouvre aux influences extérieures. Positivisme, rationalisme, util […] Lire la suite

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Régis BOYER, « KIELLAND ALEXANDER - (1849-1906) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexander-kielland/