GORE ALBERT (1948- )

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« Je m'appelle Al Gore ; je suis l'ex-futur président des États-Unis » : assumant, non sans humour, l'échec de sa victoire annoncée à l'élection de décembre 2000, ainsi Al Gore commençait-il invariablement les conférences qui ont inauguré sa nouvelle carrière et son leadership, inattendu, dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Albert Arnold Gore Jr. est né le 31 mars 1948 à Washington. Son père, Albert Gore Sr., est alors représentant du Tennessee, dont il sera élu sénateur en 1952. Le jeune Al partage son enfance entre cet État et la capitale fédérale. Il obtient une licence en sciences administratives (government) à Harvard, en 1969. Il a alors déjà rencontré Mary Elizabeth (« Tipper ») Aitcheson, qu'il épouse le 19 mai 1970 et qui lui donnera trois filles et un fils.

La même année, il s'engage dans l'armée en dépit de son opposition à la guerre du Vietnam, pays où il passera sept mois comme journaliste militaire. Il en reviendra assez désabusé et semble même avoir cherché une catharsis à la faculté de théologie de l'université Vanderbilt (Nashville). Il prend en même temps un emploi de journaliste au Nashville Tennessean et s'y forge une certaine réputation comme reporter d'investigation.

En 1976, Al Gore embrasse l'ancienne carrière de son père et est élu représentant du Tennessee. À la Chambre, où il siège dix ans durant, puis au Sénat, où il entre en 1986, il devient le prototype du nouveau démocrate sudiste : libéral sur les questions de droits civiques, mais se démarquant de la majorité plutôt à gauche du parti sur la défense nationale ou la lutte contre la criminalité. Il n'hésite pas à consacrer de longues heures à l'étude des dossiers pour se tailler une réputation nationale dans trois domaines : les technologies avancées ou high tech (il contribue à populariser l'idée de « superautoroute de l'information »), le contrôle des armements et la protection de l'environnement. Il peut ainsi conduire une campagne remarquée, quoique non couronnée de succès, pour l'investiture démocrate de 1988. En 1989, un accident de la circulation lors duquel son fils a failli être tué paraît durement l'ébranler. C'est ce traumatisme qui, à l'écouter, le pousse à écrire Earth on the Balance, plaidoyer passionné – doctrinaire même, lui reprocheront ses adversaires – en faveur de la protection de l'environnement, qui est un best-seller. Lors de la conférence de Rio (juin 1992), il critique durement George Bush, alors président.

Deux semaines après, le vainqueur des primaires démocrates, Bill Clinton, le désigne comme colistier. L'expertise de Gore dans des domaines (la sécurité nationale, l'écologie) où sa propre compétence est contestée, son image de père et de mari exemplaires (alors que lui-même doit faire face au scandale Gennifer Flowers), sa participation à la guerre du Vietnam (que Clinton n'avait évitée qu'en faisant preuve de duplicité), son expérience du Congrès (où le gouverneur de l'Arkansas n'a jamais siégé), son vote (exceptionnel parmi les démocrates) en faveur du recours à la force contre Saddam Hussein : tous ces éléments font de lui le partenaire idéal dans la joute électorale.

Après l'élection, les deux hommes travaillent en étroite coopération. Gore apparaît souvent près de Clinton, en retrait, dans une attitude un peu figée, et témoigne à son égard d'une totale loyauté. En échange, il dispose de plus de pouvoirs qu'aucun de ses prédécesseurs. « Quand le vice-président parle, considérez qu'il parle en mon nom », a déclaré Clinton d'emblée à ses ministres. Gore se voit confier la direction du National Partnership for Reinventing Government et pourra se targuer d'avoir supprimé 350 000 emplois de fonctionnaires. Clinton lui laisse désigner les responsables les plus importants en matière de protection de l'environnement. Il le laisse aussi largement gérer le dossier du contrôle des armements et coprésider cinq commissions binationales (dont celle avec la Russie). Il acquiert la réputation d'un défenseur quasi inconditionnel d'Israël, se taille un beau succès quand, face à Ross Perot, il défend l'A.L.E.N.A. lors d'un débat télévisé, et joue un rôle remarqué dans le vote d'une importante législation sur l'industrie des télécommunications.

Après la réélection de Clinton (1996), il est désigné comme son successeur par le président, un fait sans précédent. Mais sa position ne tarde pas à se f [...]

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Pour citer l’article

Pierre MELANDRI, « GORE ALBERT (1948- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albert-gore/