MAEGHT AIMÉ (1906-1981)

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Le lendemain de la mort d'Aimé Maeght, le 6 septembre 1981, Pierre Alechinsky rappelait la question que Maeght lui avait posée quelques jours auparavant : « Maeght qu'est-ce que c'est ? » Et le peintre avait répondu : « Un réalisateur de rêves. » Étonnante définition quand elle vise un célèbre marchand d'art ! Certes, la galerie du 13, rue de Téhéran à Paris, a exposé des artistes prestigieux : Bonnard, Kandinsky, Braque, Giacometti, Léger, Matisse, Calder, Chagall, Miró, Bazaine, Bram van Velde, Tal Coat, Ubac, Lindner, Steinberg, ou, encore Tapiès, Bury, Chillida, Adami, Palazuelo, Riopelle, Rebeyrolle, Monory, Garache, Titus-Carmel, Alechinsky... La galerie a essaimé à Zurich, à Barcelone et à New York. Marchand, mais non pionnier, Aimé Maeght a plutôt consacré des talents.

Aimé Maeght fut l'éditeur qui a permis que se rencontrent, de livre en livre, des peintres et des sculpteurs avec des poètes et des écrivains tels Pierre Reverdy, Jacques Prévert, René Char, Yves Bonnefoy, Roger Caillois, André Malraux, Louis Aragon, Harold Rosenberg ; il a rapproché par exemple Alechinsky et Claude Simon, Giacometti et André du Bouchet. Maeght a donné à la poésie contemporaine les revues Argile et L'Éphémère ; il a fait défendre et discuter les avant-gardes internationales par sa revue L'Art vivant, enfin il a produit des films sur l'art contemporain. Le rêve le plus spectaculaire reste la Fondation Aimé et Marguerite Maeght. Bâtie sur la colline des Gardettes à Saint-Paul-de-Vence par l'architecte catalan José Luis Sert, elle fait voisiner à l'ombre des pins les austères stabiles de Calder et le petit peuple joyeux des sculptures de Miró. La vieille chapelle ornée de vitraux de Braque est dédiée à saint Bernard, en mémoire d'un fils, Bernard, mort à onze ans. Dans la cour, les sculptures de Giacometti se détachent sur le bleu du ciel et de la mer. Les salles, entre verdure et bassins à fond de mosaïques, ne cessent de présenter, depuis leur ouverture par André Malraux en 1964, les panoramas les plus variés de l'art moderne, quand elles n'ont pas évoqué René Char, Pierre Reverdy ou André Malraux. La collection comprend plus de trois cents œuvres. Les Nuits de la fondation de 1965 à 1970 et les Moments musicaux en 1974, 1975 et 1976 ont présenté les musiques du xxe siècle. Aimé Maeght fut aussi un ordonnateur de spectacles, et l'on se souviendra des danseurs de Merce Cunningham sur une musique de John Cage, des déchaînements baroques de Terry Riley ou des après-midi de La Monte Young.

Comme Maeght se plaisait à le répéter, la Fondation est le lieu d'une collaboration avec les artistes ; ceux-ci furent consultés lors de la conception de la Fondation, puis au moment de son implantation. Ils vinrent y travailler chaque été, Miró, pour des lithographies ou des céramiques, le céramiste Llorens Artigas, et tant d'autres, y ont séjourné, utilisant les ateliers et le four mis à leur disposition.

Rien ne semblait destiner ce fils d'un modeste cheminot de Hazebrouck à un tel rayonnement. Aimé Maeght est né le 27 avril 1906. Il était l'aîné de cinq enfants et son père fut tué au cours de la Seconde Guerre mondiale. L'enfant grandit à Nîmes où il apprit la lithographie, puis il commença à travailler comme imprimeur d'affiches à Cannes. En 1930, Bonnard vint le trouver pour réaliser un programme qui porte en couverture une lithographie de lui. Aimé Maeght mit ensuite la lithographie originale dans la vitrine de son atelier-boutique et la vendit. Bonnard lui confia aussitôt un tableau.

Les galas des casinos de la Côte étaient à cette époque animés par Cocteau et Picabia, et Maeght travaillait souvent pour eux. Il rencontra alors Van Dongen, Matisse, pour qui sa femme Marguerite, épousée à Cannes en 1928, posa à plusieurs reprises, Térechkovitch, Pougny, Roland Oudot, Jean-Gabriel Dommergues : un milieu très divers où se côtoyaient les valeurs à la mode, aujourd'hui oubliées, et les plus grands artistes. L'atelier se transforma peu à peu en galerie, bien modeste cependant. Ce fut la guerre qui décida du cours des événements.

Lorsque la ligne de démarcation fut instituée, certains artistes se replièrent dans le Midi, soudain libérés de leurs contrats et sans marchands, nombre d'entre eux ayant fermé boutique et quitté Paris. Aimé Maeght venait de se faire remarquer par une exposition intitulée Artistes-Artisans à laquelle figuraient notamment des œuvres de Rouault, de Matisse, de Le Corbusier. Des artistes ou des marchands comme Fabbiani, Bernheim, Pierre Colle lui confièrent alors leurs tableaux. L'arrestation de Jean Moulin, que Maeght avait aidé, le plaça dans une position dangereuse. Il quitta Cannes et s'installa près de Vence, dans une maison de l'arrière-pays, située non loin de celle de Matisse et il y hébergea Bonnard. Les deux artistes lui conseillèrent d'ouvrir dès qu'il le pourrait une galerie à Paris. Au lendemain de la guerre, les marchands qui avaient maintenu leur activité pendant la durée des hostilités durent fermer à leur tour. Ce fut le cas de Schoeller qui vendit sa galerie à Aimé Maeght. La première exposition où étaient accrochés les Matisse peints pendant la guerre fut un éblouissement. Par la suite, assisté de Louis Clayeux, Aimé Maeght attira de nouveaux artistes dans sa galerie : Braque, Miró, Chagall et Léger, Giacometti, Calder... Parallèlement, il développait les éditions de lithographies.

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Hélène LASSALLE, « MAEGHT AIMÉ - (1906-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aime-maeght/