STAVISKY AFFAIRE

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D'une famille israélite originaire de Russie, Serge Alexandre Stavisky arrive en France avec son père en 1898. Il est naturalisé français en 1910. Il ne tarde pas à se signaler à la justice française par une série d'escroqueries et de chèques sans provision. Mais, inexplicablement, les plaintes déposées contre lui n'aboutissent jamais et les jugements sont interminablement renvoyés à une date ultérieure. Au moment où éclatera « l'affaire », quatre-vingts dossiers environ, constitués contre Stavisky, dorment dans les bureaux de la Sûreté et des ministères intéressés. En 1931, un certain Serge Alexandre fonde, avec l'appui du député-maire de Bayonne, un crédit municipal dans cette ville et, très vite, cet organisme émet une masse considérable de bons à intérêt, placés auprès des compagnies d'assurance, des banques, des petits épargnants. Le deus ex machina de l'affaire, Serge Alexandre alias Alexandre Stavisky, est depuis plusieurs années une vedette du Tout-Paris. Il a épousé un mannequin parisien, Arlette, dont il a eu un fils et tous trois vivent dans un palace avec la gouvernante de l'enfant. Vacances à Deauville et à Chamonix alternant avec les réceptions dans les salons parisiens : le couple mène grand train et possède de nombreuses relations dans la presse, la politique et les milieux d'affaires.

Dans les tout premiers jours de 1934, 500 millions se sont envolés des caisses du Crédit municipal et l'affaire éclate ; depuis un mois environ, on sait que Serge Alexandre et l'escroc Stavisky ne sont qu'une seule et même personne et un mandat d'arrêt a été délivré contre lui. Mais il s'est enfui en direction de la frontière suisse. Le 2 janvier, la police le localise à Chamonix dans un chalet loué sous un nom d'emprunt. Le 8 janvier, elle cerne la maison lorsque des coups de feu éclatent. Stavisky gît au pied de son lit, frappé d'une balle dans la tête et perdant abondamment son sang. Il faudra deux heures pour le faire transporter à l'hôpital le plus proche. Il est trop tard et il meurt dans la soirée.

Dès le 4 janvier, L'Action française est entrée en campagne contre le gouvernement de Chautemps. Le beau-frère de ce dernier n'est-il pas l'avocat de Stavisky ? C'est aussi l'occasion pour le journal de Maurras de s'en prendre encore une fois aux « métèques » auxquels la France, selon lui, ouvre trop généreusement ses frontières. Au lendemain du 8 janvier, les journaux de droite et de gauche trouvent une certaine unanimité pour accuser la police d'avoir « suicidé » Stavisky. Il fallait l'empêcher de parler et, en fait, la certitude de son silence rassura sans doute beaucoup de ses amis. Dès le 9 janvier, à l'appel de L'Action française, des manifestants défilent aux cris de « À bas les voleurs » et « Les députés à la lanterne ».

C'est le début d'une grande offensive, menée par la droite, contre le régime parlementaire « pourri » ; communistes et socialistes, contents de la mise en accusation des radicaux, ne réagissent que mollement et rappellent, eux aussi, les scandales précédents. Après la démission de Dalimier, le ministre des Colonies, directement mis en cause par Maurice Pujo, c'est la chute de Raynald, garde des Sceaux, qui entraîne le ministère Chautemps tout entier. Aux manifestations des Camelots du roi, des Ligues patriotiques et des anciens combattants, répondent, le 22 janvier et les jours suivants, celles des syndicats et des partis de gauche. Le limogeage du préfet de police de Paris, Jean Chiappe, est l'un des premiers actes du nouveau gouvernement Daladier. Il exaspère la droite pour laquelle Chiappe ne cache pas sa sympathie. Le 6 février, les manifestations tournent à l'émeute, à un affrontement sanglant entre extrémistes des deux bords et avec la police dont la répression, cette fois, est féroce. Cette journée est généralement considérée comme le prélude au Front populaire et cela explique peut-être que Stavisky bénéficie d'une certaine indulgence, en particulier dans le film tourné par Alain Resnais (1974). Le mystère qui entoure la mort d'Alexandre Stavisky et les complicités dont il a bénéficié ne sera peut-être jamais éclairci, trop de pistes ayant été brouillées, peut-être volontairement.

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Écrit par :

  • : metteur en scène, conseiller en éducation populaire et techniques d'expression

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ACTION FRANÇAISE

  • Écrit par 
  • Jean TOUCHARD
  • , Universalis
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Dans le chapitre « Après 1914 »  : […] Pendant la Première Guerre mondiale, l'Action française pratique l'« union sacrée », et s'attache à dénoncer les traîtres, tous les traîtres : les laiteries Maggi, Malvy, Caillaux, Le Bonnet rouge . Elle bénéficie, après la victoire, de la vague nationaliste qui porte au Palais-Bourbon la Chambre « bleu horizon ». Daudet est élu député ainsi qu'une trentaine de sympathisants de l'Action française. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Armel MARIN, « STAVISKY AFFAIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/affaire-stavisky/