Wolfram, chevalier bavarois, est un des grands poètes qui ont présenté aux milieux courtois allemands la matière d'œuvres françaises, selon une technique (l'« adaptation courtoise ») qui respecte les structures narratives mais joue sur l'originalité de la mise en œuvre. Son Parzival est une adaptation du Perceval de Chrétien de Troyes, son Willehalm, une adaptation de La Bataille d'Aliscans, partie de la geste de Guillaume d'Orange.
1. L'adaptateur de Chrétien de Troyes
Les seuls renseignements biographiques que l'on possède sur Wolfram sont ceux que l'on peut tirer de son œuvre. Il cite la seigneurie de Wildenberg, dans l'Odenwald (il traduit Weldenberg en français pour désigner le château du Graal : Munsalvaesche), puis la cour de Hermann de Thuringe. Dans le Parzival, il fait allusion à des événements qui ont eu lieu en 1203-1204 (le siège d'Erfurt lors de la guerre opposant Philippe de Souabe au landgrave de Thuringe, le pillage de Constantinople par les croisés) ; dans Willehalm, il regrette la mort de Hermann survenue en 1217.
Wolfram s'attache d'abord à adapter un texte français, Perceval, ou le Conte del Graal de Chrétien de Troyes, roman inachevé et, qui plus est, roman à deux personnages : Perceval, puis Gauvain. Il conserve la structure générale du récit, mais, de sa propre autorité, il ajoute à la matière qu'il tient de Chrétien le prologue, histoire des aventures orientales du père du héros, Gahmuret ; elles introduisent un monde nouveau, le monde de la chevalerie païenne, égale en qualités chevaleresques, supérieure en richesses à la chevalerie arthurienne, encore qu'inférieure, selon la conception chrétienne, par l'absence du baptême. Gahmuret meurt victime de ses aventures en Orient. Sa veuve, Herzeloyde, se retire du monde et élève son fils, Parzival, dans l'ignorance de la chevalerie. Ici, le récit de Wolfram se raccorde à celui de Chrétien qu'il suit fidèlement. Au centre du roman français, il y a un motif mystérieux, celui du château où Perceval est reçu par un roi infirme. I […]
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