3. L'attrait des Amériques
Blasco tout le premier a connu l'échec ; sous des formes diverses et parfois ambiguës : sa tentative coloniale dans la pampa d'Argentine fit faillite. Puis il s'exila, choisissant de s'installer définitivement en France ; c'était un échec plus subtil : ne renonçait-il pas, en effet, lui, le romancier d'un terroir et d'une nation, aux sources qui alimentaient son œuvre ? Bien sûr, son champ de vision s'était étendu au-delà des frontières espagnoles, et, quand il publia Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse (1916), il mettait son talent au service d'une cause plus vaste que les difficultés d'un pays. Mais, précisément, le succès, s'il est immense et international, peut mener à la faillite : cette défense de la cause alliée fit de Blasco Ibáñez plus que le romancier à la mode en Europe et aux États-Unis : il fit de lui un héros, une idole, un symbole qui ne s'appartient plus ; l'accueil délirant de New York en 1919, les sollicitations fabuleuses de la grande presse américaine, les offres de Hollywood étaient autant de pièges, autant de manières insidieuses d'accaparer, d'étouffer une protestation. Il est difficile de résister au rôle de vedette choyée quand les tentations de la fortune deviennent écrasantes, lorsque l'article se vend mille dollars, la participation à un film deux cent mille, quand les artistes les plus célèbres d'une génération se proposent...
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