Sergueï Pavlovitch Korolev, constructeur des fusées, et Valentin Petrovitch Glouchko, concepteur de la plupart des moteurs-fusées à propergols liquides, sont à la base de presque tous les succès soviétiques en matière d'astronautique. Bien qu'ayant eu une carrière spatiale de soixante années, c'est-à-dire près de deux fois plus longue que celle de Korolev (1907-1966), Glouchko fut peu connu du grand public. En revanche, il acquit très tôt la célébrité auprès des spécialistes internationaux de la propulsion. Vers la fin de sa vie, sa créativité était toujours aussi vive : le 15 mai 1987, deux années avant sa mort, il verra son remarquable moteur, le R.D.-170 (en russe, R.D. est le sigle de moteur-fusée), alors le plus puissant du monde, propulser les 2 400 tonnes du lanceur lourd Energia vers l'espace ; quelques mois plus tard, ce même lanceur mettra en orbite la navette Bourane.
Né à Odessa, Glouchko se passionne dès 1921 pour l'espace. En 1923, alors âgé de quinze ans, il correspond avec Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski, le grand pionnier de l'astronautique soviétique, et publie l'année suivante le résultat de ses premiers travaux scientifiques. Ses études à l'université de Leningrad achevées, Glouchko entre en 1929 au Laboratoire de dynamique des gaz (G.D.L.) de cette même ville, créé deux années plus tôt et chargé de la conception et de l'expérimentation de fusées.
Pendant quatre années, il se consacre à la mise au point d'un moteur-fusée électrique, l'E.R.D., qui sera incontestablement le premier de ce type au monde. Il participe également aux travaux d'une équipe plus particulièrement affectée aux études des moteurs à propergols liquides de la famille O.R.M. (en russe, sigle de moteur-fusée expérimental), dont les poussées atteignent quelques dizaines de kilogrammes.
Après des recherches sur différents types de combustibles et de comburants, le choix se porte sur le kérosène et l'acide nitrique. Un moteur utilisant ce couple d'ergols, l'O.R.M-9, est testé en 1932. C'est ce moteur […]
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