Dès sa jeunesse, V. S. Naipaul (né en 1932) rêvait de voir son milieu d'origine, la Trinidad de la diaspora indienne, représenté en littérature car, selon lui, « la fiction sanctifie son propre sujet ». Il y parvient brillamment dans la série de textes brefs intitulés Miguel Street (1959). Le roman Une maison pour Mr Biswas (A House for Mr Biswas) va lui permettre de réaliser l'ambition frustrée de son père, devenir un écrivain consacré par la critique métropolitaine, puis se voir anobli par la Reine. C'est d'ailleurs grâce au fils que les nouvelles écrites par Seepersad, le père, seront publiées, malheureusement après sa mort, sous le titre The Adventures of Gurudeva and Other Stories (1976).
1. Les ambitions impossibles
Le protagoniste d'Une maison pour Mr Biswas échappe à la pauvreté de ses origines lorsqu'il épouse malgré lui la fille d'une riche propriétaire indienne trinidadienne qui impose à sa famille une soumission sans faille. Tour à tour en révolte contre cette servitude et heureux de s'y réfugier en cas de nécessité, Mr Biswas finit par décrocher un emploi de journaliste dans la gazette locale.
Dès le prologue, on apprend qu'il meurt, à quarante-six ans, d'une crise cardiaque ; il laisse sans ressources sa femme et ses quatre enfants. Biswas venait juste de réaliser son rêve, posséder sa propre maison. Mais l'acquisition de cet édifice, mal conçu et peu confortable, l'avait plongé dans un endettement désastreux.
Ce personnage, voué à une existence médiocre et pourtant hanté par des rêves de grandeur, a souvent été perçu comme une allégorie de la situation coloniale aux Antilles. Biswas, qui lutte pour donner sens à son existence dans un univers absurde, n'a pourtant rien d'un héros épique. Ses seuls espoirs demeurent l'éducation de son fils et la création imaginaire. Artiste à sa manière, il devient peintre d'enseignes avant d'oser appréhender le monde à travers l'écriture. À ses débuts dans le journalisme, il rédige des chroniques sur les personnes les plus surprenan […]
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