2. Entre dérision et compassion
La recréation littéraire d'une société sclérosée permet à des personnages ignorés du monde de sortir de leur anonymat. Cependant, Naipaul se garde bien de toute sacralisation du colonisé ou de l'opprimé, une position qui lui a valu d'ailleurs l'hostilité de certains intellectuels postcoloniaux qui le jugent trop fasciné par l'imitation des modèles britanniques traditionnels. Alors que, dans certaines de ses œuvres ultérieures, sa critique d'une société qu'il juge inachevée et informe se fait de plus en plus incisive, dans Une maison pour Mr Biswas, la compassion perce sous le sarcasme. On rit des travers de Biswas mais on souffre aussi avec lui. Souvent pris à partie par ses compatriotes « engagés » pour avoir trop stigmatisé les défauts de la société antillaise, Naipaul atteint dans Une maison pour Mr Biswas un difficile équilibre entre dérision et compassion.
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