Venu à Paris dans son enfance, Théodore de Banville se passionne très jeune pour le spectacle et pour la poésie. Avant vingt ans, il publie son premier recueil de vers ; il y manifeste déjà un talent sûr qui relève d'une conception de la poésie dont il ne se départira jamais.
S'opposant vigoureusement à la nouvelle poésie réaliste, il professe un amour exclusif de la beauté : Les Cariatides (1842) ainsi que Les Stalactites (1846) sont l'expression de cet art. Selon lui, la poésie est d'abord affaire de langage, l'émotion et le sentiment ne pouvant naître que du travail sur le style, les mots, les mètres et les rimes. Il veut obtenir une forme parfaite et se compare volontiers au sculpteur qui lentement découvre, après bien des hésitations, le geste, le mouvement qui, de surcroît, se trouvera être l'expression d'un sentiment. Il refuse le lyrisme facile et larmoyant d'un bas romantisme effusif et emphatique ; comme nombre de romantiques entre 1850 et 1870 (Gautier en premier lieu, mais aussi bientôt le Hugo des Chansons des rues et des bois), il met l'accent sur les exigences de la technique pour réagir contre ce qu'on peut considérer comme une trahison de l'originalité romantique : le débordement flou des épanchements individuels, qui engendre une nouvelle convention poétique, le vague à l'âme tournant au poncif. Aux brumes nordiques il préfère la netteté grecque et se désigne comme un précurseur du Parnasse, tant par ses thèmes que par sa foi en la pureté formelle de l'acte poétique.
Il fréquente les milieux littéraires les plus anticonformistes et se lie d'une solide amitié avec Baudelaire, avec lequel il partage le mépris d'une certaine poésie officielle et commerciale. Ses Odelettes et ses Odes funambulesques (1857) lui apportent la consécration et marquent une évolution vers plus de souplesse et de charme. Il devient une figure très importante du monde littéraire, à la fois critique dramatique, du Pouvoir (1850) puis du National (1869), et membre le plus écouté de la Revue fantaisiste […]
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