Dans un sens restreint, la parodie désigne une œuvre littéraire ou artistique qui transforme une œuvre préexistante de façon comique, ludique ou satirique. Mais l'usage populaire, ainsi que les définitions des poéticiens et des parodistes ont donné à la parodie des acceptions plus larges, souvent aussi plus confuses. Retracer l'histoire de la notion de parodie et présenter quelques manifestations significatives des pratiques qu'elle recouvre, c'est donc essayer de débrouiller cette confusion, qui est peut-être justement responsable de la séduction qu'exerce le terme.
Il faut d'abord souligner que la parodie ne se limite pas aux domaines de la littérature et de l'art, mais qu'elle fait partie de notre expérience quotidienne. Du moment qu'on considère comme parodique tout discours reprenant un autre discours avec une intention comique, ludique ou satirique, une bonne part des discours que nous tenons quotidiennement peuvent être qualifiés de parodiques. Et bien des informations que nous recevons jouent sur le détournement parodique de phrases célèbres, de formules connues ou de références culturelles, le but étant d'attirer l'attention du lecteur ou du spectateur par un alliage de familier et de nouveau, de provoquer chez lui le double plaisir de la reconnaissance et de la surprise. Les journaux, dans leurs titres, et surtout la publicité font constamment appel à la parodie. Et il est significatif que la « contre-culture pub » née aux États-Unis dans les années 1990 combatte la publicité précisément à l'aide de la parodie, retournant ses propres armes contre elle : le subvertising (mot-valise composé de subversive [subversif] et de advertising [publicité]) consiste en effet à détourner les panneaux des grandes campagnes publicitaires en parodiant les éléments qui les composent.
1. Une pratique mal comprise et discréditée
Malgré cette expérience quotidienne de la parodie au sens précis du terme, l'usage courant continue à donner au mot « parodie » la signification péjorative […]
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