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TARANIS

Dans l'épigraphie gallo-romaine, le nom du Jupiter gaulois apparaît sous la forme de Taranis ou Taranus, complétée par des anthroponymes théophores : Taranutius et Taranucnos (« né de Taranis »). La forme la plus ancienne est le datif gaulois taranoou dans une inscription d'Orgon (Bouches-du-Rhône). Ce nom correspond à celui du « tonnerre » dans les langues néo-celtiques (irlandais torann, gallois et breton tarann). On ne connaît aucun mythe à ce sujet et il ne serait pas impossible que le nom gaulois soit la traduction ou l'adaptation de celui du Jupiter tonans des Romains. Mais la correspondance celtique insulaire et continentale est assez nette pour qu'on fasse de Taranis l'équivalent gaulois du Dagda irlandais dans sa fonction de maître des éléments et de toute la manifestation.

L'iconographie gallo-romaine représente constamment Jupiter muni d'une roue ou de spirales associées au foudre. Roue et spirales sont volontiers qualifiées de « solaires » par les érudits modernes mais ce sont en fait des symboles cosmiques. Le symbolisme de la roue est expliqué par un avatar du Dagda, le druide Mog Ruith (« Serviteur de la Roue ») : sera aveugle quiconque la verra, sourd quiconque l'entendra et mort quiconque sur qui elle tombera.

Une divinité gallo-romaine travestie en Jupiter apparaît encore sur des monuments répandus en Gaule et dans les confins celto-germaniques de la vallée du Rhin : les colonnes du cavalier au géant anguipède, dans lesquelles l'érudition moderne a vu tantôt le symbole de la victoire sur la mort, tantôt Jupiter terrassant les Titans ou encore l'Empereur vainqueur des barbares. Mais aucune de ces interprétations ne s'impose plutôt qu'une autre et les témoignages gallo-romains ne suffiraient pas à faire de Taranis un très grand dieu du panthéon gaulois.

Il est cité dans un seul texte littéraire La Pharsale de Lucain (i, 444-446) : « Et parmi ces divinités cruelles, Teutates est apaisé par le sang funeste, le hideux Ésus l'est par des autels sauvages, et Taranis [n'est] pas plus doux que la Diane des Scythes ». On ne sait si la triade Teutates-Ésus-Taranis résulte d'un procédé littéraire propre à l'auteur latin ou si elle est l'expression d'un groupement théologique gaulois.

Christian-J. GUYONVARC'H

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