2. Spectacle total et théâtre engagé
Wyspiański s'efforce donc de créer des spectacles où le rythme, la vision plastique, l'ambiance musicale comptent autant sinon plus que le verbe ; l'intrigue y est remplacée par l'exposé d'un mythe ou d'un combat d'idées. L'acteur, le décor, le costume, la lumière, la musique constituent l'« orchestre », et l'auteur impose la réalisation scénique plus qu'il ne la propose. Le texte ne s'anime vraiment que sur les planches, lorsqu'il est complété par de grands effets musicaux, plastiques ou gestuels chargés d'un symbolisme violent et efficace. Ainsi, Wyzwolenie (1903, « La Libération »), dont le cadre est le théâtre même de Cracovie, joue constamment sur le symbolisme d'une scène vide que viennent peupler les phantasmes du héros. Dans Akropolis (1904), ce sont les personnages des tapisseries du château royal de Cracovie qui s'animent et jouent des scènes mythologiques et bibliques conduisant à l'identification triomphale, et quasi nietzschéenne, du Christ et d'Apollon. De tels effets sont courants chez Wyspiański dont l'imagination est véritablement hantée par sa ville natale. Toutefois, Wyspiański ne veut ni raconter ni illustrer, seulement mettre l'imagination en branle : les hommes et les dieux, les rêves et les symboles se retrouvent sur le même plan, tandis que le public semble assister à la naissance sinon d'un mythe, du moins d'une image archétypale, jaillissant du fond de la conscience collective. Dessein hardi, dont la réalisation n'est pas toujours également heureuse ; mais nombre d'images et de situations du théâtre de Wyspiański, reprises, jusqu'à nos jours, par des écrivains et des cinéastes, témoignent de l'influence du poète.
Wyspiański se définit lui-même comme « l'esclave d'une seule pensée », et son œuvre est, en effet, une réflexion incessante sur le destin national, ce qui a singulièrement limité son rayonnement. Cette réflexion est dominée par l'idée de la fatalité et par la fascination de l'effort et du sacrifice. L'analyse des deux tragédies « moder […]
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