Wyspiański a joué un rôle exceptionnel dans l'histoire du théâtre polonais. De son vivant, il a été entouré d'un véritable culte. Dans la Pologne asservie, les poètes et les écrivains se trouvaient souvent chargés d'une responsabilité morale et politique que Wyspiański a consciemment tenté d'assumer. C'est également de lui que s'est inspiré le réformateur du théâtre de l'entre-deux-guerres, Leon Schiller. L'œuvre de Wyspiański demeure toujours vivante en Pologne, car il est, selon l'expression de Maxime Herman, « une synthèse où s'unissent classicisme et romantisme, naturalisme et symbolisme, langue archaïque ou populaire et langue suggestive à la manière de Maeterlinck ».
1. Le rénovateur du théâtre polonais
Né à Cracovie, Stanisław Wyspiański était fils d'un modeste sculpteur. Il étudie la peinture et l'histoire, voyage et travaille à l'étranger de 1890 à 1894. Il séjourne surtout à Paris, où il semble avoir connu Gauguin et les nabis. De retour en Pologne, il collabore à la revue Życie (1898-1899) dont Stanisław Przybyszewski fait le centre de ralliement des tendances nouvelles ; en 1902, il est nommé professeur à l'école des Beaux-Arts, à Cracovie.
Jusqu'en 1898, l'activité de Wyspiański est avant tout picturale : le dessin capricieux, stylisé à l'extrême de ses fleurs, paysages et portraits d'enfants et d'acteurs témoigne de l'influence de la « sécession » viennoise, et peut-être aussi de l'art japonais. Très tôt, Wyspiański s'efforce d'élargir son champ d'action : il dessine des vitraux, des meubles, des tapis. Il commence alors son œuvre théâtrale (après quelques essais sans intérêt à l'époque de son séjour à Paris) et, en dix ans, rénove entièrement le théâtre polonais.
Se sachant atteint d'une maladie incurable, Wyspiański travaille fébrilement ; il s'abandonne à sa vision, ne corrigeant jamais ses manuscrits. L'époque, il est vrai, favorise la spontanéité. Wyspiański est emporté dans le mouvement de la « Jeune Pologne » qui charrie côte à côte les courants décadent, symboliste puis express […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



