Né en 1910 dans la grosse bourgade chrétienne de Zghorta au nord du Liban, Sleimane Frangié, chrétien maronite, était le fils cadet d'une famille féodale ; il menait l'existence simple d'un chef local connu pour son caractère belliqueux et pour ses qualités de tireur d'élite dans son territoire de Zghorta quand son frère aîné, Hamid Frangié, qu'une brillante carrière politique destinait à la présidence de la République, fut victime d'une attaque cérébrale. Sleimane Frangié prit la relève et entama une carrière politique sur le plan national. Il fut successivement député, ministre puis président de la République.
En juin 1957, Sleimane Frangié dut fuir le Liban et se réfugier en Syrie, après avoir été impliqué dans un incident violent dans l'église paroissiale de Miziara, une localité voisine de Zghorta. Durant son séjour dans la ville de Lattaquié, il rencontra deux jeunes officiers alaouites, Hafez et Rifaat el-Assad. Hafez el-Assad devint son ami et son partenaire au jeu de trictrac. Cette amitié allait dicter à Sleimane Frangié une règle dont il ne devait jamais se départir au cours de toute sa carrière politique : préserver coûte que coûte des relations privilégiées avec la Syrie, ce qui à ses yeux ne contredisait en rien son patriotisme farouche.
Amnistié, il rentra au Liban, où il fut nommé ministre à plusieurs reprises. Il détint successivement les portefeuilles de l'Agriculture, de la Justice, de l'Économie nationale et, en 1968, celui de l'Intérieur.
Le 17 août 1970, il fut élu président de la République par cinquante voix contre quarante-neuf à son concurrent, Elias Sarkis. Les milieux chrétiens accueillirent l'élection de Sleimane Frangié à la tête de la République libanaise avec jubilation, manifestant leur joie en tirant des coups de feu en l'air, car ils voyaient dans ce baroudeur un homme capable de mettre un terme aux exactions croissantes des Palestiniens installés au Liban comme « un État dans l'État ».
La première année du mandat de Sleimane Frangié fut marquée par une certaine prospérité […]
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