Le plus connu des psychanalystes d'origine hongroise, Sandor Ferenczi eut pour élèves Gezà Roheim, le premier ethnologue psychanalyste, et Melanie Klein, la grande théoricienne de la psychanalyse des enfants : ils constituèrent ce « foyer de l'école hongroise aux brandons maintenant dispersés » dont parle Jacques Lacan. Né en Hongrie, à Miskolc, Ferenczi fit ses études à Vienne et, installé comme expert psychiatre à Budapest en 1905, rencontra Freud en 1907. Il commença alors sa carrière de psychanalyste. Il eut des rapports ambivalents avec Freud : fils symbolique chéri par celui-ci, il se montra bientôt rebelle, au moment de la parution de son œuvre maîtresse, Thalassa, en 1924.
En 1918, survient dans sa vie un épisode déterminant, aussi important pour sa vie personnelle que pour l'histoire du mouvement psychanalytique : la monarchie austro-hongroise s'effondre, la Hongrie se libère ; un mois auparavant, en septembre 1918, s'est tenu à Budapest le Ve Congrès international de psychanalyse. Après quelques résistances, le gouvernement de Bela Kun, sous la pression des étudiants, propose une chaire de psychanalyse à Ferenczi, à l'université de Budapest : ce fut la première chaire de psychanalyse. Freud, dans le même temps, marque cet événement par un texte intitulé Au sujet de l'enseignement de la psychanalyse à l'Université, qui fixe les modalités d'un tel enseignement, en détermine des programmes et manifeste ainsi que rien ne s'oppose à l'entreprise (alors que celle-ci est très contestée encore aujourd'hui, en France par exemple). Ferenczi occupa cette chaire sans admettre le marxisme, mais en se montrant cependant plus favorable au progressisme que ne le fut Freud. Après la Commune hongroise, il fut chassé par la contre-révolution, dut se cacher, et put enfin exercer la médecine. Dès lors, Vienne demeure le seul centre de la vie psychanalytique, en attendant que la montée du nazisme amène le mouvement à se transporter aux États-Unis.
Dans son ouvrage Thalassa, présenté d'abord avec le titre d […]
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