2. Un visionnaire de l'espace
Il est remarquable que cet ingénieur qui a contribué de façon si décisive aux premiers pas de l'aviation et qui aurait pu consacrer une carrière prestigieuse à son développement a porté tout de suite ses regards plus loin. Les bonds que l'homme venait de réussir dans les basses couches de l'atmosphère n'étaient à ses yeux qu'une étape vers le grand élan qui l'arracherait un jour à sa planète natale pour le conduire vers les astres. C'est à partir de 1907 qu'il s'intéresse aux voyages interplanétaires. Il aurait donné une première conférence sur ce sujet à Saint-Pétersbourg, en février 1912. Le 15 novembre de cette même année, il présente à Paris, devant les membres de la Société française de physique, une communication qu'il publiera dans le Journal de physique de mars 1913 sous le titre énigmatique « Considérations sur les résultats d'un allègement indéfini des moteurs », allusion à la perte de masse continue d'une fusée par épuisement progressif des réserves d'agent propulsif, du fait de la combustion de ce qu'on appelle aujourd'hui des ergols. Dans ce travail, il étudie les possibilités de voyage interplanétaire qui sont offertes par le principe de la fusée, la Lune étant le premier objectif. Mais il aboutit, avec des combustibles usuels, à des rapports de masse qui lui paraissent irréalisables ; il en conclut que de tels voyages ne seront envisageables que lorsque l'« énergie interne de l'atome » aura été maîtrisée. Cette vision à long terme, remarquable mais en fait exagérément pessimiste, s'explique par le fait que Robert Esnault-Pelterie envisage un avion spatial à un seul étage intégralement récupérable, ce qui reste encore un rêve aujourd'hui. C'est par une correspondance ultérieure qu'il aura connaissance du brevet déposé en Belgique le 10 juin 1911 par le Français André Bing sur le principe de la fusée gigogne ; comme il le notera plus tard, celle-ci ouvrira « la possibilité d'atteindre une altitude presque indéfinie avec un système de […]
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