Ravi Shankar a bousculé les stéréotypes en associant la sérénité méditative des rāga indiens aux stridences du rock jusque sur la scène du festival de Woodstock, en 1969. C’est à cette époque qu’il est devenu l'ami de George Harrison, alors guitariste des Beatles, qui apprit avec lui l'art du sitār, luth à long manche que l'on tient debout ou légèrement penché.
1. Le magicien du sitār
Né à Bénarès (Varanasi) le 7 avril 1920, Ravi Shankar fait ses débuts sur la scène à dix ans, à Paris, en tant que danseur dans une troupe dirigée par son frère aîné Uday Shankar (1900-1977). À quinze ans, il a la douleur de perdre son père, avocat issu de la caste sacerdotale des brahmanes, et la joie de rencontrer son gourou, l'illustre maître du luth sarod « Bābā » Allauddin Khan.
Toujours serein et souriant, prévenant, élégant, affable, son étincelant regard de vieux sage éclairé par une petite pastille blanche au milieu du front, Ravi Shankar vit entre New Delhi et San Diego, en Californie, où il a de nombreux élèves ; il se souvient avec une sorte de nostalgie de la « bénédiction » que fut, pour lui, l'intransigeance de son gourou, qui le fit travailler de dix à quinze heures par jour : il en avait les doigts ensanglantés.
Ravi Shankar joue des musiques hindoustanies (du nord de l'Inde) tout en étant influencé par les musiques carnatiques (du sud de l'Inde). Les deux traditions reposent sur les mêmes bases ; la bifurcation a commencé au xiie siècle, quand, au nord, l'hindī a remplacé le sanskrit.
2. Un musicien universel
Si les musiques du Sud sont plus austères, plus fidèles aux anciens répertoires et plus structurées, c'est qu'elles s'appuient sur la composition davantage que sur l'improvisation. « Dans le Nord, explique Ravi Shankar, les musiciens dépendent d'abord des maharadjahs. Pendant des siècles, ces princes ont développé la musique de façon isolée, chacun sur son territoire, selon le système des gharānā (écoles) qui cultivent les styles différents. » Comme les artistes n'avaient plus tellement l'occasion de s'écouter les uns les autres, les évolutions ont divergé, surtout dans le cas des musiques instrumentales, […]
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