Né d'une famille de petite noblesse provinciale, Sebasti ao José de Carvalho e Melo est loin d'avoir laissé deviner, au début de sa carrière, sa carrure d'homme d'État. C'est seulement vers la quarantaine que sa perspicacité se manifeste et que ses dépêches (il est alors en poste à Londres) le font connaître à la cour de Lisbonne. Son mariage avec la fille du comte d'Arcos, plus que ses études de droit, lui a ouvert certains horizons : il analyse méticuleusement la formation des deux grands « blocs » de l'époque : Espagne, Autriche et France d'une part, Prusse et Angleterre de l'autre. Il réfléchit au développement des politiques coloniales. À Vienne, en 1744, il s'efforce de réaliser un accord entre les puissances rivales. Mais Pombal surestime toujours les possibilités d'arbitrage de son pays. Sa personnalité complexe l'incline à porter ses efforts dans un trop grand nombre de directions. Il est à la fois un Choiseul, un Colbert, un Walpole, et pourtant son crédit restera toujours discuté. On doit distinguer entre une politique extérieure marquée par l'alliance anglaise (encore qu'il l'ait poussée moins loin que ses successeurs), une politique religieuse impitoyable (marquée surtout par la lutte contre les Jésuites) et une politique de réformes économiques et sociales qui, elles, vont très loin et suffiraient à consacrer sa réputation de novateur. Nommé secrétaire d'État précisément à l'époque du célèbre tremblement de terre qui détruisit la moitié de Lisbonne, en 1755, Pombal s'impose tout de suite comme « l'homme fort » de la monarchie. Ces heureux débuts, joints à la chance d'avoir pour souverain un roi faible comme Joseph Ier, lui permettent de donner sa mesure : celle d'un réaliste, imbu de libéralisme et convaincu de la vocation mercantiliste de son pays. Les vingt ans qui vont suivre sont consacrés au « redressement national », autrement dit à la lutte par tous les moyens contre la crise économique dans laquelle le Portugal s'enlisait depuis plusieurs décen […]
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