Quand Haïti devint indépendante, le 1er janvier 1804, après des années de guerre de libération (1791-1803), la France, puissance coloniale, battue sur le terrain militaire et chassée du territoire, laissa derrière elle un cadeau empoisonné : sa langue. Alors que l'État haïtien émerge avec ses structures militaires et foncières, les classes dirigeantes et l'élite intellectuelle, nourries de valeurs françaises, se montrent incapables de créer une culture spécifiquement haïtienne. Pendant plus d'un siècle (1804-1915), la poésie haïtienne se contenta de graviter autour des foyers culturels français : pseudo-classicisme, romantisme, Parnasse, symbolisme, surréalisme. Les poètes de l'après-guerre d'Indépendance sont les acteurs engagés d'une littérature de pionniers et de combat. Versificateurs soumis aux formes de l'art pseudo-classique qui triomphe en France depuis la fin du xviiie siècle, ils apparaissent comme des courtisans soucieux de servir le puissant du moment (Christophe ou Boyer). Au vrai, les poètes eux aussi — comme les historiens et les dramaturges — se mobilisent pour construire la nation et inciter à la résistance, au cas où l'ennemi fran […]
