Appartenant à cette vaste diaspora haïtienne que la dictature des Duvalier a contrainte à l'exil, Jean Metellus a su maintenir par l'écriture un lien étroit avec son pays. Né à Jacmel, où il fut quelque temps professeur, il s'est installé à Paris en 1959, y a étudié la linguistique et la médecine, puis s'est spécialisé en neurologie. En 1973, la revue Les Lettres nouvelles publie un long poème, Au pipirite chantant, qui s'impose d'emblée comme une œuvre forte et novatrice. Placé sous l'invocation du pipirite (l'oiseau qui, en Haïti, salue le lever du jour), le poème conjugue les voix de la polyphonie haïtienne : le paysan, la femme dans sa solitude et ses peurs, l'arbre à pain, la graine, le soleil, les dieux du vaudou... Il dit l'éblouissement d'une nature violemment vivante, à l'image des blessures d'un peuple qui se défait sous la misère et l'oppression. Repris en volume en 1978, il s'est prolongé dans de nouveaux grands poèmes (Hommes de plein vent, 1981 ; Voyance, 1985 ; La Peau et autres poèmes, 2006) et dans un recueil (Tous ces chants sereins, 1981) où l'on reconnaît le même souffle impétueux, ce grand débordement de mots dans l'étalement voluptueux du long poème, cette irruption aussi d'une parole multiple surgie de tous les horizons haïtiens et qui intègre les échos des contes, des veillées, du parler créole. Dans une langue qui conserve la luxuriance des poèmes, Anacaona (1986) porte au théâtre le destin tragique de la reine d'Haïti brûlée vive par les compagnons de Christophe Colomb.
Les romans de Metellus, d'une écriture volontairement plus neutre, parfois traversée de quelques bouffées lyriques, ont d'abord choisi de refléter le destin récent d'Haïti. Jacmel au crépuscule (1981) déploie, à travers un subtil réseau de conversations, la chronique de la ville de Jacmel pendant l'année 1956. Dans La Famille Vortex (1982), le tourbillon de malheurs qui s'abat sur une famille symbolise les soubresauts qui saisissent Haïti avant l'arrivée au pouvoir de Duvalier. C'est la dictature elle-même qui sert de toile de fond à L'Année Dessalines (1987), que prolongera Louis Vortex (1992). Deux autres romans développent des sujets plus originaux, s'éloignant des thèmes haïtiens. Une eau-forte (1983) situe en Suisse l'action d'une fable très belle et mystérieuse, s'interrogeant sur l'identité d'un peintre célèbre et solitaire. Dans La Parole prisonnière (1986), c'est le bégaiement d'un enfant qui vient perturber la vie de tous ses proches. En refusant une haïtianité simplement affichée à la surface de l'œuvre, Metellus revendique, pour les écrivains haïtiens, la liberté de ne pas s'enfermer dans le régionalisme.
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